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[Tu seras un homme -féministe- mon fils ! | Aurélia Blanc]
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Sexe: Sexe: Masculin
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Posté: Aujourd'hui, à 9:41
MessageSujet du message: [Tu seras un homme -féministe- mon fils ! | Aurélia Blanc]
Répondre en citant

Depuis la naissance du féminisme, des traités et des manuels existent sur l'éducation féministe des petites filles, mais aucun sur l'éducation des petits garçons. Que les futures mères féministes se sentent soulagées ou déçues en apprenant à l'échographie ou à la naissance que leur enfant est un garçon, elles manquent de modèles et de repaires pour savoir comment l'éduquer au féminisme ; d'autant que les générations précédentes, les « féministes de la deuxième vague », ont été extrêmement discrètes sur le sujet. Au-delà même du comment, l'on peut se demander si, dans un contexte analogue à celui du dilemme du prisonnier, à savoir dans un monde patriarcal qui prône la compétition effrénée entre individus et assure des privilèges aux futurs hommes, les mères, aussi féministes soient-elles et compte tenu de l'intérêt de leur enfant, ont envie de l'élever de manière antisexiste, envers et contre un environnement – école, rue, souvent autres membres de la famille, voire contre l'enfant lui-même... – caractérisé par le sexisme, éventuellement « bienveillant ». Néanmoins, l'autrice ne s'arrête pas sur ce questionnement fondamental ni n'évoque le dilemme du prisonnier : elle postule que le patriarcat est nuisible aussi bien au niveau individuel que collectif, et en fournit les preuves en s'arrêtant en particulier sur les dégâts de l'éducation sexiste des garçons et des jeunes. Ainsi, en s'attelant à démanteler les idées reçues concernant le genre, en voulant débarrasser les garçons des injonctions viriles, elle prône leur accession à une « masculinité apaisée », plus communicative, attentives aux sentiments et respectueuse de l'individu en devenir. Une telle éducation est conçue comme une alternative à proposer plutôt qu'un dogme à imposer : l'enfant pourra choisir des modèles de masculinité traditionnels, quitte à revenir plus tard à sa déconstruction, ou bien, souvent il pourra s'adapter, « comme un caméléon », à un mélange d'éléments d'identité de genre de son cru, en fonction de l'environnement dans lequel il évolue.
En considérant l'ensemble de l'ouvrage, il apparaît clairement que son objet, ce sont d'abord et surtout les clichés virilistes, ces fausse évidences qui conditionnent involontairement l'éducation des enfants. Il s'agit d'un « manuel d'éducation », pas d'une monographie ni d'une enquête ni d'un essai. Les entretiens avec les experts forment un appui argumentatif plus significatif que les références bibliographiques ; celles-ci, se trouvent surtout à la fin de la plupart des « parties », sous forme de « Ressources pratiques », comportant des outils multimédias de différentes natures et toujours très accessibles. La mise en page et la typographie, comprenant la mise en gros des phrases les plus saillantes, correspondent à cette typologie d'ouvrages de consultation davantage que de réflexion. Une autre conséquence est la nature assez consensuelle des propos, qui ne se poussent quasiment jamais dans la radicalité féministe. À ce propos, j'ai trouvé assez emblématique que le chapitre conclusif, et tout particulièrement l'excipit (cité), optimiste quant à l'évolution de l'éducation des garçons, justifie un tel optimisme non sur une quelconque lutte des femmes ni spécifiquement sur la conscientisation des mères, mais sur la prise en main de l'éducation des enfants par... des pères déjà acquis à la cause antisexiste !



Table [abrégée, avec appel des cit.]

Introduction

Partie 1 – Échographie d'une grossesse :

1. Dans la tête des parents féministes
2. Qu'ont fait nos mères féministes pour leurs garçons ?
3. Élever des fils féministes

Partie 2 – Fille ou garçon ? Tous obsédés ! :

1. Êtes-vous sûr de ne pas avoir de réflexes sexistes ?
2. Non, le cerveau des garçons n'est pas programmé pour lire les cartes routières
3. Vive les trucs « de filles » !
4. Le rose, c'est aussi pour les garçons
5. Jouer à la poupée ne « rend » pas gay
6. Répondre au sexisme... avec le sourire
7. Et à la maison, ça se passe comment ? [cit. 1]
8. Proposer plutôt que censurer
Ressources pratiques

Partie 3 – Vers une masculinité apaisée :

1. À l'école de la virilité
2. Paniques viriles [cit. 2]
3. En finir avec la masculinité toxique [cit. 3]
4. Réinventons les masculinités !
Ressources pratiques

Partie 4 – Dans le cœur (et le sexe) des hommes :

1. Comment les garçons apprennent à aimer [cit. 4, 5]
2. Sex machine : la fabrique de la sexualité masculine [cit. 6]
3. Violences sexuelles : du côté des garçons
4. Connaître son corps (et celui des filles)
Ressources pratiques

Partie 5 – Des (futurs) hommes féministes ? [cit. 7]

1. La solitude du féministe [cit. 8]
2. Parents féministes, fils féministes ?
3. Féministes, paroles d'hommes !
Ressources pratiques

Conclusion [cit. 9]



Cit. :


1. « L'idée, c'est d'amener son garçon à s'interroger. "Quel que soit le contexte, les stéréotypes, il faut les expliquer, les décrypter. Essayer de trouver des contre-exemples. Rappeler que Tonton Machin, il a des cheveux longs et que ça ne l'empêche pas d'être un garçon. Que la cousine Bidule, elle fait du kick-boxing, elle est ingénieur dans l'aérospatiale, et que pourtant c'est bien une fille", poursuit Catherine Monnot.
Des années de discussions sur le féminisme et l'égalité m'ont aussi appris une chose : face aux clichés, la technique du "pourquoi" se révèle quasi infaillible, aussi bien avec les tout-petits qu'avec ce bon vieux Tonton Marcel. Le principe est simple. Notre enfant soutient que les femmes sont faites pour le ménage ? Demandons-lui simplement "pourquoi". À chacune de ses réponses, reposons-lui la même question. Poussé dans ses retranchements, il finira presque toujours par se rendre compte que ce qu'il dit ne tient pas la route. Si ce n'est pas le cas, tant pis (au moins pour cette fois). L'essentiel, c'est d'exercer son esprit critique par rapport à ce qu'il voit autour de lui, y compris à la maison. » (p. 84)

2. « "La virilité, c'est toujours un idéal qu'un jeune homme doit atteindre, ou quelque chose que les hommes ont été et qu'ils ne sont plus. C'est une projection de la vie biologique sur l'histoire collective. Or l'homme arrive dans la vie impuissant, et il en sort de même. Cette réalité explique très largement l'idée de la crise cyclique de la virilité", décrypte l'historien Jean-Jacques Courtine. Alors que la virilité renvoie à la toute-puissance, les hommes se heurtent à la réalité de leur condition humaine, se révélant faillibles, voire impuissants (au sens propre comme figuré). Inexorablement, ils sont amenés à décliner (physiquement, biologiquement), donc à s'éloigner de ce modèle viril.
La virilité est un idéal qui, par définition, reste inatteignable. "Il y a toujours plus fort, plus courageux, plus vigoureux que soi. On est toujours en défaut par rapport à un idéal comme ça", continue Jean-Jacques Courtine. Parce qu'elle leur demande l'impossible, la virilité génère une immense vulnérabilité. Qu'elle représente une puissance perdue ou pas encore trouvée, elle est condamnée à être toujours en péril. Voilà pourquoi, d'une époque à l'autre, on entend encore et toujours parler de la "crise de la virilité". » (pp. 104-105)

3. « Sommés de se montrer durs, compétitifs et dominants, les garçons subissent deux injonctions contradictoires. D'un côté, on leur demande d'être sages, calmes et appliqués. Mais de l'autre, s'ils apparaissent comme de gentils élèves, ils seront mis à l'index par leurs pairs. "Quand on est un garçon, on se doit de ne pas se soumettre, d'être plus fort, de tenir tête. Sinon, on risque d'être déclassé, invalidé dans sa masculinité. On est renvoyé au rang des filles, des 'intellos', des 'soumis' – ce qui est vraiment une insulte", dépeint Sylvie Ayral.
Par peur d'être moqués, voire harcelés, les élèves masculins développent donc différentes stratégies. Certains, bien sûr, n'auront aucun mal à se fondre dans ce moule viril et à jouer les petits coqs. D'autres, en revanche, vont tenter de se lier avec des garçons qui, comme eux, n'entrent pas dans les cases de la masculinité traditionnelle (les "geeks", par exemple). Beaucoup, enfin, vont s'appliquer à donner le change, en se construisant un "faux-moi" un peu bravache, voire carrément tête brûlée. Et ce ne sont pas les punitions qui vont les convaincre de s'assagir. Bien au contraire. […] Parce qu'elles apparaissent comme autant de médailles de virilité, ces punitions viennent renforcer ce qu'elles prétendent combattre. "Très clairement, les élèves punis instrumentalisent l'appareil punitif, explique-t-elle. Dans la très grande majorité des cas, ils savent parfaitement ce qu'ils font. Et ils le disent eux-mêmes : s'ils le font, c'est parce qu'ils en tirent des bénéfices secondaires très importants en termes de notoriété, de reconnaissance de leur masculinité et de leur hétéro-normativité." » (pp. 111-112)

4. « […] Nous romantisons systématiquement les relations entre enfants. Ou, plus exactement, nous romantisons les relations entre les filles et les garçons. En d'autres termes, nous mettons un enjeu de séduction là où il n'y en a pas, distillant l'idée qu'entre une fille et un garçon, une relation est forcément amoureuse. […] Sous leur vernis d'humour, ces remarques viennent renforcer et valider les stéréotypes de genre.
Reprenant des discours et des clichés déjà hyperprésents dans la littérature jeunesse, les dessins animés, la culture populaire, ces petites phrases constituent autant d'injonctions faites à nos enfants. L'air de rien, elles leur signalent clairement le chemin à suivre, celui du couple hétérosexuel où, selon son sexe, chacun(e) est censé(e) jouer un rôle différent. Les filles, celui de la princesse à conquérir, donc. Et les garçons, celui du séducteur-né, dont on s'attent à ce qu'il multiplie les conquêtes (féminines, cela va sans dire). » (p. 133)

5. « […] Commençons par parler sentiments avec nos garçons. Des nôtres, mais surtout des leurs. Dès tout-petits, invitons-les régulièrement à partager leurs états d'âme, à exprimer ce qu'ils ressentent – et envers qui. […]
Ne déléguons pas ces conversations aux seules mères. Impliquons les pères dans l'éducation sentimentale des enfants. L'enquête de Kevin Diter le montre clairement : les garçons qui sont les plus à même de mettre des mots sur leurs sentiments sont généralement ceux qui ont "une éducation sentimentale moins sexuée et dans laquelle les pères sont davantage investis". […]
Encourageons les amitiés féminines. Ce n'est pas parce que notre garçon aime passer du temps avec une (ou des) fille(s) qu'il est un Don Juan – ou, à défaut, une 'mauviette'. Les filles ne sont pas seulement des êtres à conquérir : ce sont aussi des personnes avec qui l'on peut s'amuser, se chamailler et partager plein de choses. » (pp. 136-137)

6. « Cette répartition des rôles est directement liée à l'idée – encore véhiculée par de nombreux experts médiatiques – d'une naturelle "complémentarité entre les sexes". Avec d'un côté les femmes, qui seraient par essence douces, romantiques, passives et peu portées sur le sexe. Et de l'autre, les hommes, qui seraient par nature actifs, agressifs et animés par des besoins sexuels irrépressibles. Cette vision est encore très profondément ancrée dans les mentalités : dans l'enquête sur la sexualité en France, 73% des femmes et 59% des hommes considèrent que les hommes auraient biologiquement plus de besoins sexuels que les femmes.
Pourtant, l'argument selon lequel les hommes auraient, par nature, plus de désir sexuel que les femmes a été largement écorné par la science. [… Si les hommes déclarent penser plus souvent au sexe que les femmes,] ils songent aussi davantage à dormir ou à manger : autrement dit, […] ils verbalisent plus que les femmes leurs besoins vitaux. […]
[… Meredith Chivers] a soumis des hommes et des femmes à différents types d'images sexuelles (des relations hétérosexuelles, homosexuelles, solitaires ou même des rapports sexuels entre bonobos). Elle a mesuré leur degré d'excitation grâce à des capteurs placés sur leurs parties génitales : de manière générale, toutes les images déclenchaient une excitation (de degré variable) chez les femmes, quand une partie d'entre elles laissaient les hommes complètement de marbre. [Pourtant] lorsqu'elles sont interrogées, les femmes disent ne rien ressentir face à ces images... alors que le corps indique l'inverse ! […] Ce qui laisse penser que le désir féminin est largement sous-estimé, voire complètement ignoré... y compris par les femmes elles-mêmes.
Cela n'a rien d'étonnant : historiquement, la sexualité féminine a fait – et fait encore – l'objet de très forts interdits et d'une immense pression sociale. » (pp. 143-144)

7. « "Moi, ça ne me gêne pas qu'il garde ses cheveux longs, je n'ai rien contre, mais je n'ai pas envie qu'il soit mis à l'écart ou que l'on se moque de lui à l'école", me disait une mère dont le fils, âgé de 5 ans, s'apprêtait à entrer au CP. Comme elle, nous sommes nombreux à être pris entre deux feux : d'un côté, nous voulons que nos garçons se sentent les plus libres possible, mais de l'autre nous voulons qu'ils soient socialement intégrés. Nous souhaitons leur permettre de sortir des schémas genrés, mais, en même temps, nous redoutons qu'ils ne soient mis sur la touche parce qu'ils font de la danse, qu'ils aiment le rose ou refusent de se battre. […]
D'autant que nos enfants ne nous simplifient pas toujours la tâche […]. Nous avons beau leur proposer des poupées et des ballons, leur lire des histoires non stéréotypées et faire de la pédagogie en veux-tu en voilà, ce n'est pas pour ça qu'ils ne vont pas plonger, tête baissée, dans les clichés et les stéréotypes. En dépit de notre bonne volonté et de nos beaux principes, viendra probablement un moment où nos fils voudront, eux aussi, faire "comme les autres" garçons – ou ce que leur en montre la culture pop. » (pp. 178-179)

8. « Conscients que les attentes et les interdits diffèrent d'un espace social à un autre, les enfants cultivent des attitudes différentes, en fonction du contexte. Faisons confiance à leur intelligence sociale. "L'enfant n'est pas une pâte à modeler par le genre : il va lui-même construire des représentations, développer des conduites, par rapport aux différentes normes auxquelles il est confronté. Pour certaines raisons, il adoptera des comportements correspondant aux normes environnantes, et puis, pour d'autres, il choisira de ne pas s'y conformer." […]
Écoutons-les, entendons ce qu'ils nous disent. S'ils expriment l'envie de se conformer aux normes de genre, c'est peut-être parce qu'ils ont une bonne raison de le faire. » (p. 183)

9. [Excipit] : « Cette révolution du masculin n'est pas une utopie : elle a déjà commencé. Ici ou là, des hommes remettent en question les normes sexistes, refusent de se conformer au modèle viril et adoptent des pratiques (vraiment) égalitaires, dans le monde du travail comme dans la sphère personnelle. […] Ces pères ont un rôle essentiel à jouer dans la bataille pour l'égalité. Par le modèle qu'ils incarnent, par l'éducation qu'ils donnent à leurs enfants, ils sont les premiers à pouvoir favoriser l'éclosion d'une nouvelle génération de garçons, moins sexistes et plus égalitaires que les précédentes. Des garçons qui, peut-être, feront leurs les valeurs féministes. C'est sans doute la meilleure chose que nous pouvons leur souhaiter. Dans l'intérêt des femmes... et dans celui des hommes. »

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