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[Résister à la culpabilisation | Mona Chollet]
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Posté: Ven 07 Mar 2025 21:50
MessageSujet du message: [Résister à la culpabilisation | Mona Chollet]
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La culpabilisation est ici la petite voix intérieure qui nous culpabilise nous-mêmes. Dans la plus grande partie de l'essai, elle semble s'adresser tout particulièrement aux femmes. Pourtant, dans chacun des sujets de l'existence où elle se manifeste, et singulièrement dans chacun des chapitres du livre qui en fait état, à la seule exception de celui qui traite de la maternité (ch 3) si tant est qu'il n'existe pas de culpabilisation relative à la paternité, on comprend très bien qu'elle peut concerner les hommes, eux aussi. Aussi, mais inégalement. Et cette inégalité dans l'amplitude et les modalités dans lesquelles la culpabilisation s'exerce sur les individus des deux sexes est précisément la mesure de la disqualification, du sexisme dont les femmes sont les victimes, et qu'elles incorporent donc en elles-mêmes en se l'infligeant spontanément.
L'origine de la culpabilisation, il est clair d'emblée (Prologue), c'est bien le christianisme, et spécifiquement l'interprétation augustinienne du péché originel, qui historiquement, eût pu ne pas s'imposer au sein de l'Église, pour peu que s'imposât (au concile de Carthage en 418) la vision des disciples du moine Pélage... Jusque là, dirons-nous, hommes et femmes seraient presque également pécheurs... sauf qu'Augustin introduisit dans le christianisme toute la misogynie de l'Antiquité sans oublier celle des Hébreux, faisant des filles d'Ève des pécheresses plus coupables que les fils d'Adam. Ainsi, le chap. 1er décline un certain nombre d'éléments de culpabilité, de « fautes impardonnables » spécifiquement attribuées aux femmes, particulièrement lorsqu'elles sont en situation de domination, comme lorsqu'elles sont victimes de violences ou de viols, dont elles sont culpabilisées.
Le deuxième chap. se penche sur la « diabolisation des enfants », en contrepoint et en polémique détaillée avec le débat actuel sur « l'enfant roi » et sur les problématiques de l'échec éducatif. L'idée défendue dans ces pages est que la source de la culpabilisation au niveau, pour ainsi dire, de l'ontogenèse de l'individu, c'est « le premier rapport de domination », que les parents infligent aux enfants, notamment de sexe féminin. Cependant, il est peu question ici d'éducation genrée tant est prépondérante la question d'une part de l'éducation dite traditionnelle, qui est néanmoins prônée par de nombreux psychologues contemporains, et d'autre part des préconisations de l'autrice qui la considère humiliante, se rapportant particulièrement aux travaux d'Alice Miller.
La transition est ainsi logique avec le chap. 3, qui traite des injonctions à l'égard des mères. Il est notoire que la pression maternelle est accrue depuis que la maternité est censée avoir été désirée ; mais la répression des mères est envisagée ici comme étant inscrite dans une durée plus longue qui a vu s'élaborer l'idéal sacrificiel de la « bonne mère » devant être oublieuse de soi.
Le chap. 4 concerne les injonctions du monde du travail, dans lequel « la productivité [est entendue] comme mesure de notre valeur ». Originaire du calvinisme, la culpabilisation de tout manquement à l'impératif productiviste n'est en réalité qu'une forme d'exploitation d'autrui, d'autant plus subreptice dans les professions qui sont censées revêtir du « sens », ainsi que dans certains milieux professionnels tels l'associatif. Il est aussi réfuté la présomption répandue qu'il y aurait un absentéisme injustifié dans certaines catégories professionnelles, là où il est surtout question de dégradation des conditions de travail. En somme, dans la sphère du travail aussi, la préconisation de l'autrice est d'en finir avec la logique sacrificielle. Cependant, dans ces pages davantage que dans d'autres, elle s'investit à la première personne pour montrer à quel point elle est elle-même victime de sa propre culpabilisation, d'autant plus depuis qu'elle n'est plus contrainte par une activité salariée.
Enfin le chap. 5 concerne la culpabilisation – mais aussi la culpabilité déversée sur les autres – au sein du militantisme, notamment féministe, mais en général dans tous les causes « de gauche » : écologistes, anti-consuméristes, etc. L'idée principale développée ici concerne la dialectique entre l'individualisme et l'échelle collective ou globale de l'objet des luttes : dans cette dialectique l'on peut se méprendre sur son agentivité en tant qu'activiste, par ex. sur « le pouvoir du consommateur », et, là aussi, l'on peut inconsciemment considérer qu'il est préférable d'être coupable plutôt qu'impuissant.e.



Table [avec appel des cit.]


L'ennemi intérieur. Introduction
- Le « réglage par défaut » de nos esprits
- Qui mange vos tartines ?

« Une maltraitance collective ». Le poids de l'héritage chrétien. Prologue
- L'erreur de saint Augustin
- Plutôt coupable qu'impuissant.e

1. « Et tu ne sais pas que Ève, c'est toi ? ». Être femme, la faute impardonnable
- « Il n'est pas absurde d'avoir l'air menacée quand la réalité est menaçante »
- Injonctions contradictoires et noms d'oiseaux [cit. 1]
- Le tour de passe-passe de la classe savante [cit. 2]
- « L'après-viol est un combat entre toi et toi »
- La prosternation devant le droit du plus fort
- « Les femmes sont toujours moins croyables que les hommes »
- Une fourberie congénitale
- Les représentations, armes fatales

2. Une injonction de non-vie. De la diabolisation des enfants
- « Le premier rapport de domination »
- Le châtiment précède la faute
- Le refoulement, une « fée perfide »
- « Avec quels yeux observe-t-on ? » [cit. 3]
- Génie du mal et culottes courtes
- Un trouble intolérable
- Supprimer l'empathie
- Une vision « de Bisounours » ?
- Un arbitraire décomplexé
- Entériner l'ordre du monde
- Une culture de l'humiliation
- « Chacun.e son tour », le pacte implicite [cit. 4]
- La démocratie familiale, cette horreur
- Les ogres se portent bien

3. « Cette phrase dans ta tête : "Tu l'abîmes." » La maternité, passeport pour le doute permanent [cit. 5]
- Une gangue de conformisme
- « Vous voulez un bébé au cerveau endommagé ? »
- « De la jeune écervelée à la Madone à l'enfant »
- Une injonction à l'oubli de soi
- Un levier répressif
- « On m'avait retirée du monde »

4. Marche ou crève. La productivité comme mesure de notre valeur
- La vie, ce contretemps fâcheux [cit. 6]
- Quand Madame Hamster doit descendre de sa roue
- Le souffle glacial du calvinisme
- « Les portes du temple de la sieste sont ouvertes »
- « Ne lui laisse pas ses aises, je te dis »
- Les voluptés douteuses de l'exploitation d'autrui
- La chasse aux « fainéants », cette escroquerie
- Notre tyrannie envers nous-mêmes
- Apprendre à ignorer son corps
- « Vous ne briserez pas mon âme »
- En finir avec la logique sacrificielle

5. Nous sommes toutes des féministes en carton. Le militantisme comme surveillance de soi et des autres
- La « peur de soi »
- Une frénésie de jugement
- Étendre la palette des attitudes possibles
- « La fidélité au devoir est une trahison de soi »
- Midge, Susie... et moi
- La honte d'aller mal, la honte d'aller bien
- Le bonheur n'est pas un pied de nez
- « Une vision qui intègre le risque, l'erreur, l'échec »
- La mare saumâtre de l'individualisme
- « On ne peut pas se changer soi-même entièrement » [cit. 7]
- Le « pouvoir du consommateur », vraiment ?
- Le souffle de la conflictualité



Cit.


1. « D'autres mécanismes concourent à notre mise en échec et à notre honte de nous-mêmes. Beaucoup de défauts traditionnellement attribués aux femmes peuvent être interprétés comme des attitudes ou des stratégies que leur position dominée les a fortement poussées à adopter. On les prive de tout pouvoir, puis on les accuse d'en être assoiffées. On les écrase, puis on les décrit comme sournoises et manipulatrices. On leur inflige toutes sortes d'injustices, puis on le trouve émotives, geignardes, hystériques, colériques, menaçantes, violentes. On les oblige à exister socialement par leur beauté et leur fraîcheur physique (qualités essentielles sur le marché matrimonial), puis on stigmatise leur narcissisme, leur frivolité, leur vanité.
[…]
Nul besoin d’être une grande détective pour déceler l'origine de la voix qui nous chuchote à l'oreille que nous avons toujours tort, que tout est de notre faute, que nous sommes stupides, incompétentes, nuisibles, malvenues, dégoûtantes, irrécupérables. Nous n'avons que l'embarras du choix quant aux sources de ce discours ; on nous le répète sous des formes variées, depuis toujours. » (pp. 45-46)

2. « Les autres explications à la misogynie et au sexisme que j'ai entendues auparavant, qui étaient d'ordre psychanalytique ou anthropologique, invoquaient une relation ambivalente à la mère, la jalousie pour le fait que les femmes portent les enfants, ou la nécessité de les contrôler pour contrôler sa lignée; elles insistaient sur une différence. Elles suggéraient que les femmes étaient tout de même un peu monstrueuses, et qu'on ne pouvait pas en vouloir aux hommes d'être effrayés, les pauvres.
L'explication d'Éliane Viennot, au contraire, insiste sur une similitude. Si nous sommes autant insultées, ce n'est pas parce que nous sommes trop différentes des hommes, et que nous leur faisons peur, mais parce que nous leur sommes trop semblables, et que nous sommes donc une menace. Cela me rappelle une remarque de Fatima Ouassak. On a tendance à penser que les préjugés racistes et/ou sexistes reposent sur de simple malentendus, observe la politologue : il suffirait d'en prendre conscience pour qu'ils disparaissent et, avec eux, les discriminations qui en découlent. Or c'est faux : "Les préjugés ont une fonction. Ils servent à justifier le système de discrimination, qui a lui aussi une fonction : réguler de manière inégalitaire l'accès aux ressources." » (pp. 50-51)

3. « Cette considération nouvelle, les pouvoirs publics ne l'accordent pas à l'ensemble des enfants ; ils la conditionnent à des critères sociaux et raciaux assez stricts. Effectivement, on n'envoie plus les bambins des pauvres à la mine ou à l'usine. Mais les enfants placé.es sont de plus en plus livré.es à elles-mêmes ou eux-mêmes, avec des conséquences tragiques. Les jeunes réfugié.es qui arrivent seul.es en France subissent le même abandon – on leur refuse d'ailleurs même le nom d'enfant, en les désignant par le vocable "mineur.es isolé.es".
Enfin, les enfants des quartiers populaires sont les laissé.es-pour-compte de l'Éducation nationale, et les descendant.es d'immigré.es noir.es ou arabes font l'objet depuis une vingtaine d'années d'une diabolisation croissante dans le discours politique et médiatique. […]
L'enfant socialement considéré.e comme innocent.e, riche en potentialités, digne de toutes les attentions, c'est donc essentiellement l'enfant blanc.he des classes moyennes et supérieures. » (p. 89)

4. « Cela amenait [Alice] Miller à s'interroger : "Comment peut-on considérer l'enfant comme coupable uniquement parce qu'il est un sujet connaissant des désirs, des fantasmes, des transferts ?"
Elle expliquait ainsi : ayant appris nous-mêmes au contact de nos parents à nous sentir coupables de nos désirs et de nos besoins, nous refusons à notre tour aux nouvelles générations le statut de sujets désirants. Ailleurs, elle écrit : "La créativité et la vitalité d'un enfant peuvent déclencher, chez les parents ou d'autres adultes, la souffrance de ressentir que leur propre vitalité a été étouffée dans leur enfance. Ils ont peur de cette douleur, aussi mettent-ils en œuvre tous les moyens possibles et imaginables pour bloquer ce déclencheur." » (p. 117)

5. « Le modèle de "l'ange du foyer", de la mère de famille douce et dévouée, fleurira au XIXe siècle, et servira à tyranniser d'abord les femmes des classes supérieures, avant de s'étendre à toutes.
Quand le bien-être des enfants permet d'asservir les mères, il devient une cause sacrée. En revanche, face aux intérêts du père, il ne pèse pas lourd. Même si, en France, la "puissance paternelle" a officiellement été remplacée en 1970 par "l'autorité parentale", dans les faits, elle existe toujours. En témoigne le torpillage par le gouvernement, en 2024, de la Commission indépendante sur l'inceste et les violences sexuelles faites aux enfants (Ciivise) – des crimes commis le plus souvent par des hommes, et en particulier par des pères. En outre, on ne compte plus les décisions de justice obligeant une mère à "rendre" un.e enfant à son ex-conjoint, en dépit d'accusations de violences ou d'inceste. Dans ces cas, la vieille haine misogyne se manifeste avec une force inouïe, ces femmes se voyant criminalisées, soupçonnées d'être hystériques, menteuses, manipulatrices, animées par une volonté de vengeance, etc.
Il ne s'agit pas de nier l'existence de mères abusives ou maltraitantes. Mais de questionner le harcèlement et la mise sous surveillance sociale que les femmes subissent dès l'annonce de leur grossesse, leur hyper-responsabilisation, la négation de leur dimension d'individu, le sacrifice sans limites qui est exigé d'elles, le présupposé selon lequel elles sont incompétentes et nuisibles pour leur enfant.
On sait combien le père violent, tyrannique, terrorisant toute une maisonnée, est un cas de figure répandu ; pourtant, il n'existe pas de préjugé social à ce sujet. Les représentations ne se laissent que très peu imprimer ou altérer par cette réalité. » (pp. 134-135)

6. « Je m'affole lorsqu'une journée passe sans que j'aie 'produit' quelque chose ; j'y vois le signe d'une déchéance, d'une dérive inéluctable, la preuve définitive du fait que je ne vais plus jamais réussir à écrire un livre. Je veux à tout prix faire entrer l'écriture dans le moule de mes anciens horaires de bureau. Puisque j'ai la chance de faire ce que j'aime, je me mets à m'accorder de moins en moins de loisirs – comme si cela devait se payer. Je suis en apnée. Je m'impatiente parce que toutes les contraintes élémentaires de la vie me paraissent trop chronophages. Préparer un repas et laver la vaisselle prennent un temps scandaleux. […] La vie ne me paraît jamais assez fluide, le monde jamais assez fonctionnel... et moi non plus. Je me reproche de traîner, d'être trop lente, indolente, rêveuse, peu efficace. Apparemment, je m'en veux de ne pas être une machine. » (p. 169)

7. « Le marché tire profit à la fois de notre sentiment de culpabilité et de notre croyance dans cette toute-puissance magique, en nous proposant des produits bio, de la mode éthique, du 'zéro déchet' etc. Je ne méprise pas du tout ces tentatives de mieux faire ; je suis leur première cliente. Mais il est inévitable que nous exagérions leur portée. Je sais que, contrairement à ce que je me raconte, quand j'achète une robe en coton bio ou un après-shampoing solide, je ne suis pas en train de limiter les dégâts (ou alors, dans une mesure très marginale), mais de céder à une compulsion de plus. Je le sais en raison de la part tout à fait démesurée qu'occupent ces objets ou ces produits dans mon imaginaire et mon estime de moi-même.
"Si, par exemple, la surconsommation participe à la destruction de nombreux écosystèmes, écrit Baptiste Brossard, c'est aussi parce qu'un nombre considérable de personnes en sont venues à incorporer l'idée que dans la consommation intensive réside une clé de leur bien-être." Ce conditionnement est l'envers, le complément du culte du travail et du dressage à la productivité que j'ai évoqués au chapitre précédent. En ce sens, le désastre écologique actuel n'est pas une 'crise', mais l'aboutissement logique d'un projet très ancien ; il rend manifeste la success story du capitalisme remarque Brossard, qui invite à se demander : "Qu'est-ce qui nous rend, en tant que personnes, intimement compatibles avec un tel système de destruction ?"
C'est une question que nous devons absolument nous poser ; mais pas pour nous flageller mutuellement, ni pour nous autoflageller. Si la flagellation marchait, nous serions déjà tous et toutes des décroissant.es exemplaires à l'heure qu'il est. Nous ne pouvons pas changer nos mentalités et nos comportements par le volontarisme, par le moralisme ; l’influence que nous subissons est trop puissante. (pp. 255-256)

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Auteur    Message
Swann




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Posté: Sam 08 Mar 2025 16:31
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Il est sur ma pàl depuis au moins deux mois... C'est catastrophique : je n'ai plus le temps de lire.
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