un trait dense, que je retrouve. Toujours cette impression oppressante, quelque chose d'épais et de fluide à la fois, comme une mélasse étrange et marécageuse.
Des visages qui se figent sur des expressions crispées où percent des kilomètres de noirceur, de mal être.
Cette façon de découper les corps en deux, divisés entre deux cases : deux silhouettes n'en formant alors plus qu'une. Parce qu'ils sont tous pareils ? Parce qu'à ce moment précis ils ne forment qu'un, sont collés sur la même ligne de désir ? Ou au contraire ce moment où tout les divise ? Où ils sont confrontés à l'autre et à son horrible incompréhension ?
Un peu tout ça à la fois.
Burns dessine le sexe, la drogue, l'adolescence, la perte des repères, les corps qui se cherchent, se palpent, qui se métamorphosent. Le bouleversement de cet âge où tout peut changer, où tout devient question de vie et de mort. Où tomber amoureux revient à vivre enfin.
C'est sombre, souvent déprimant, et donnant l'impression d'avancer ineluctablement vers le tragique.
Je préfère les cases où Burns voit grand, peut être parce que soudainement elles donnent de l'ouverture à une atmosphère ultra confinée. Peut-être aussi parce qu'il y a un souci du détail de la noirceur qui est bien plus visible alors.
Et alors quand il fait des planches avec une vue en plongée, là je trouve qu'on sent toute la force troublante de son coup de crayon : l'avancé vers un gouffre, plâner un instant avant de sombrer, attiré par la beauté de l'obscur.
Incroyable comme Burns réussit à donner à la fois un caractère très réaliste à la petite existence de ces ados, on dirait des journaux intimes, et en même temps nous transporter dans un surrealisme total en quelques lignes et cases.
Black Hole, c'est super dense. Pas certaine d'avoir tout réussi à ingurgiter.
----
[Recherchez la page de l'auteur de ce livre sur
Wikipedia]
Afficher toutes les notes de lectures pour ce livre