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[Lettre aux escrocs de l'islamophobie qui font le jeu de...]
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le_regent



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Posté: Mer 10 Juin 2015 21:49
MessageSujet du message: [Lettre aux escrocs de l'islamophobie qui font le jeu de...]
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[Lettre aux escrocs de l'islamophobie qui font le jeu des racistes | Charb]

Lettre aux escrocs de l'islamophobie qui font le jeu des racistes. – Charb. – Paris : Les échappés, 2015. – 88 p. – ISBN 978-2-35766-086-1

Retour à des lectures « civiques ». Ce petit ouvrage a été imprimé à Saint-Amand-Montrond, par l'imprimerie Clerc, dont le chiffre d'affaires et l'effectif sont inférieurs à ceux de la bien plus connue imprimerie Bussière. Immédiatement après la page de titre, une note de l'éditeur indique : « Ce texte a été finalisé le 5 janvier 2015, deux jours avant l'attaque terroriste contre Charlie Hebdo dans laquelle Charb a perdu la vie ».
Le premier chapitre, "Le racisme ringardisé par l'islamophobie", s'ouvre par la déclaration suivante : « Non, vraiment, le terme " islamophobie " est mal choisi s'il doit nommer la haine que certains tarés ont des musulmans. Et il n'est pas seulement mal choisi, il est dangereux. ». Opinion qui est développée à travers les affirmations suivantes : « Oui, on assiste à une explosion des manifestations du racisme. Mais le terme " racisme " n'est plus employé que timidement. Le terme " racisme " est tout simplement en passe d'être remplacé par celui d'" islamophobie " … on pourrait avoir l'impression que les étrangers ou les citoyens d'origine étrangère ne sont plus agressés en France que parce qu'ils sont musulmans … Que des racistes soient en plus islamophobes, pardon, mais c'est presque anecdotique. Ils sont d'abord racistes et, à travers l'islam, c'est bien l'étranger ou la personne d'origine étrangère qu'ils visent. En ne considérant plus que l'islamophobie chez le raciste, on minimise le danger raciste … Si demain les musulmans de France se convertissent au catholicisme ou bien renoncent à toute religion, ça ne changera rien au discours des racistes : ces étrangers ou ces Français d'origine étrangère seront toujours désignés comme responsables de tous les maux. »
« Alors, pour quelle raison le terme " islamophobie " s'est-il imposé ? », questionne Charb. A quoi il répond : « Par ignorance, par fainéantise, par erreur, pour certains, mais aussi parce que beaucoup de ceux qui militent contre l'islamophobie ne le font pas en réalité pour défendre les musulmans en tant qu'individus, mais pour défendre la religion du prophète Muhammad. » Et l'on peut saisir ce qu'il entend par « défendre les musulmans en tant qu'individus » lorsqu'il explique pourquoi il ne rejette pas les termes d' « homophobie » ou de « négrophobie » : « … le sens de ces deux termes n'est pas ambigu, même si la mode d'ajouter " phobie " à la fin de chaque mot est parfaitement grotesque. "Homophobie" et "négrophobie" ne sont pas employés pour décrire la haine que des gens peuvent éprouver contre une idéologie ou une religion, mais bel et bien contre des êtres humains … L'homophobie n'est pas condamnable parce qu'elle serait une critique de l'homosexualité, mais parce qu'elle exprime la haine des homosexuels. »
Mais Charb est aussi un militant communiste qui fait remarquer que : « la discrimination sociale, dont on parle beaucoup moins que la discrimination religieuse … est pourtant beaucoup plus prégnante en France … On discrimine massivement les gens en raison de leur origine sociale, mais, – comme parmi les pauvres qu'on ne veut pas voir dans son entreprise, dans son quartier, dans son immeuble – il y a une forte proportion de personnes d'origine étrangère et, parmi elles, une importante proportion de personnes d'origine musulmane, le militant de l'islam dira que, le problème, c'est l'islamophobie. »
Au deuxième chapitre, dans le sous-chapitre "Tous les courants de pensée sont soumis à la critique", il écrit : « Le communisme est un courant de pensée aujourd'hui minoritaire en France, régulièrement attaqué ou du moins violemment moqué par tous les fidèles défenseurs du triomphant modèle libéral … Si, au contraire de l'existence de Dieu, il est difficile de nier celle de Marx, de Lénine ou de Georges Marchais, ce n'est pas blasphémer, se montrer raciste ni communistophobe que de douter de la validité de leurs écrits ou de leurs discours. En France, une religion n'est pas autre chose qu'un ensemble de textes, de traditions et de coutumes parfaitement critiquables. » Mais « la stratégie des communautaristes maquillés en antiracistes consiste à faire passer le blasphème pour de l'islamophobie et l'islamophobie pour du racisme. »
Charb soulignait aussi dans le sous-chapitre précédent (Avoir peur est un droit) un point capital : « Un texte ne devient sacré et éventuellement dangereux que parce qu'un lecteur fanatique décide d'appliquer au premier degré ce qui est écrit dans son livre de chevet. » Et, sous la plume du journaliste satyrique assumé qu'il était, cela devient : « Prenez n'importe quel livre de cuisine, déclarez que tout ce qui y est écrit est la Vérité et appliquez à la lettre, à vous-même et aux autres, ce que préconisent ces nouvelles Saintes Ecritures. Le résultat ? Un bain de sang. »
« Le terme " islamophobie " ne connaîtrait pas ce succès délirant sans la complicité, le plus souvent imbécile, des médias. », déclare Charb dans le troisième chapitre, au sous-chapitre "Les journalistes au service de l'islamophobie". Dans le sous-chapitre suivant, "Les caricatures de Mahomet", il rappelle que « Charlie Hebdo a publié des caricatures de Mahomet bien avant le scandale des caricatures danoises … Aucune association ni aucun journaliste ne s'est montré horrifié devant ces dessins. » Par contre, « lorsque, en 2006, Charlie Hebdo a réaffirmé le droit pour un dessinateur de caricaturer le terrorisme religieux en republiant les caricatures danoises de Mahomet, les médias ont braqué leurs projecteurs sur le journal satirique … Une publicité délirante a été faite autour de la publication de ces dessins... Depuis, … Charlie Hebdo est sous une surveillance médiatique presque constante. Qu'on ose publier une couverture représentant le Prophète ou même un personnage qui pourrait être pris pour lui, et c'est parti ! Le dessin en question sera présenté comme la " nouvelle provocation " de Charlie Hebdo. Et si la télé décide que c'est une provocation, il y a toujours une bande d'abrutis pour s'estimer provoqués. »
Dans le sous-chapitre suivant, "La politique au service de l'islamophobie", Charb indique que « les journalistes ne sont pas les seuls à voir des musulmans là où il faudrait voir des citoyens. » Il reproche à François Hollande de s'être rendu à la Grande Mosquée de Paris le 18 février 2014 pour inaugurer un mémorial en l'honneur des combattants musulmans morts pour la France entre 1914 et 1918. « Il s'est recueilli sur le mémorial des combattants musulmans, pourquoi demain ne se recueillerait-il pas sur le mémorial des combattants athées, des combattants homosexuels, des combattants végétariens … La France est un salami que le P.S. a la fâcheuse tendance à découper en tranches communautaires. Et ce n'est pas par respect de ces prétendues communautés, mais par calcul électoraliste. »
Enfin, dans le sous-chapitre "Cette élite qui infantilise les musulmans au nom de la lutte contre l'islamophobie", il affirme : « Si on laisse entendre qu'on peut rire de tout, sauf de certains aspects de l'islam parce que les musulmans sont beaucoup plus susceptibles que le reste de la population, que fait-on, sinon de la discrimination ? » Et, encore plus virulent : « Il serait temps d'en finir avec ce paternalisme dégueulasse de l'intellectuel bourgeois blanc " de gauche " qui cherche à exister auprès de " pauvres malheureux sous-éduqués ". »
Le quatrième chapitre évoque "Les héros de la lutte contre la prétendue islamophobie de Charlie Hebdo" : M. Zaoui Saada, l'ex-avocat Karim Achoui, « une poignée de journalistes, sociologues, membres du Parti des indigènes de la République ou du Collectif contre le racisme et l'islamophobie … Al Qaida dans la péninsule Arabique … Qu'ils se rassurent, leur conception de la liberté d'expression est en passe de l'emporter, des marchands de journaux préférant dissimuler Charlie pour éviter les ennuis plutôt que de le vendre. »
Dans le premier sous-chapitre (Du respect érigé en principe premier) du cinquième chapitre, Charb répond d'abord à la sommation faite à Charlie Hebdo de se montrer « responsable » : « Quelles conclusions faut-il tirer de cet épisode ? Qu'il faut céder aux pressions des terroristes ? Qu'il faut aligner les lois françaises sur la charia ? Mais quelle version ? La plus sévère, évidemment. Ça limite les risques. » Il note également que « les dessins de Charlie Hebdo ne sont pas simplement lus de travers par des analphabètes, ils sont redécoupés par de gros malins dans le but d'en mutiler le sens. » C'est ce qui est arrivé à l'un de ses dessins de 2013 représentant Christiane Taubira avec un corps de singe.
Dans le sous-chapitre suivant, "Prudence et lâcheté au service de l'islamophobie", Charb évoque la vidéo projetée sur le Pont-Neuf par l'artiste marocain Mounir Fatmi en 2012 et qu'il décidera de retirer. « En cédant à une extrême minorité qui ne représente qu'elle-même, on reconnaît son autorité. Ces radicaux confisquent la parole de l'islam, et tout le monde laisse entendre qu'ils ont raison. L'islam en France, ce ne sont donc plus des millions de croyants qui ne font chier personne en pratiquant ou non leur culte, c'est officiellement une poignée d'aboyeurs. Et la faute n'en revient pas aux musulmans, mais aux abrutis de bourgeois planqués, terrifiés par l'idée qu'ils se font des musulmans. » Il note ensuite : « L'autocensure est en passe de devenir un art majeur en France. » Puis il affirme ceci : « Le Coran n'est pas que le livre saint des musulmans, c'est aussi un livre (libre de droits), patrimoine de l'humanité. »
Dans le sous-chapitre "Les catholiques, jaloux" (sixième chapitre), Charb affirme que « les catholiques intégristes, mais aussi d'autres, réputés plus modérés, ruminent depuis 1905 l'adoption de la loi de séparation des églises et de l'état et rêvent d'une revanche. » Dans le sous-chapitre suivant "Et la judéophobie ?" il se demande « comment se foutre de la gueule des extrémistes religieux juifs sans créer de confusion avec l'ensemble du peuple juif ? En les désignant précisément. Ce n'est pas très compliqué. Pas plus compliqué que de distinguer jihadiste et musulman, musulman et immigré, musulman et Arabe, Arabe et Maghrébin, etc. »
Dans le sous-chapitre "Il n'y a pas de blaspème antirépublicain !" il exprime sa désapprobation des dispositions législatives qui répriment le fait d'outrager publiquement l'hymne national ou le drapeau national et dénonce « la tentative d'instauration en France d'un blasphème républicain calqué sur le blasphème religieux. » Enfin il affirme : « Que ce soit le Coran, la Bible, la Torah, le Code pénal, le Code Rousseau, les Pages jaunes ou bien le deuxième tome des aventures de Valérie Trierweiler, il ne s'agit que de quelques feuilles de papier noircies d'encre. Il est particulièrement crétin de brûler un livre, mais il n'est pas très sain de sacraliser des symboles, qu'ils soient républicains, religieux ou autres. »
Dans le très bref chapitre final, "Et l'athéophobie, dans tout ça ?", Charb invite les « culs-bénis » à être athéophobes en toute sérénité: « Il se trouve qu'il n'y a pas de terrorisme athée au XXIe siècle. » Personnellement, je ne suis pas sûr que la pratique religieuse soit bien vue en Chine, même au XXIe siècle . Elle ne l'a pas été au XXe siècle sous le régime soviétique. Entre 1793 et 1795, dans la France de la Convention, les lieux de culte ont été fermés, les prêtres et les religieuses vivement invités à se marier (pas spécialement entre eux). A mon regret, je ne considère pas l'athéisme comme moins dangereux que les autres convictions, lorsqu'on le sacralise ; et les événements récents ont dissipé mes illusions par rapport au bouddhisme.

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apo



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Posté: Jeu 11 Juin 2015 12:32
MessageSujet du message:
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Merci, ami Le Régent, pour ce résumé très clair et complet qui a le mérite aussi de clarifier la position de Charlie Hebdo à mes yeux.

Je suis d'accord sur pratiquement tous les points de Charb.

Et, du coup, par le même procédé que lui, (du particulier au général), je me demande s'il ne serait pas opportun de parler de "haine des anciens colonisés" - sachant que la colonisation requerrait déjà le postulat de l'infériorité de l'autre - voire même de "haine des dominés".

Ensuite, la haine relevant souvent du phobique, rien n'est plus facile que de focaliser une phobie sur un détail fétichisé : et la religion s'y est toujours bien prêtée... le sexe aussi, au demeurant.

L'électoralisme, dans tout cela, ne serait alors que minuscule détail.

Bonne journée.
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le_regent



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Posté: Jeu 11 Juin 2015 19:01
MessageSujet du message:
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Bonjour Apo
Ton idée de "haine des anciens colonisés" comme cas particulier de la "haine des dominés" me séduit instantanément. Je l'aurai à l'esprit pour la mettre à l'épreuve dans mes "méditations" futures (je crois que je fonctionne naturellement selon le mode défini par Karl Popper, la "falsification de l'hypothèse").
Cordialement
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