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Les notes de lectures recherchées

29 livres correspondent à cette oeuvre.

Il y a actuellement 16 notes de lecture correspondant à cette oeuvre (voir ci-dessous).

Notation moyenne de ce livre : (21 livres correspondant à cette oeuvre ont été notés)

Mots-clés associés à cette oeuvre : allemagne, alterite, artiste, camps de concentration, conspiration, conte, cruaute, culpabilite, difference, ecriture, etranger, famille, guerre, guerre;etranger, haine, justice, lachete, memoire, meurtre, passe, racisme antisemitisme guerre groupe alsace, remord, ruralite, secret, shoah, solitude, un roman d'une profonde noirceur qui met a nu les lachetes de l'ame humaine, village, violence

[Le rapport de Brodeck | Philippe Claudel]
Auteur    Message
mamoune



Sexe: Sexe: Féminin
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Messages: 1967
Localisation: Ste Foy les Lyon (69)

Posté: Sam 29 Oct 2016 16:17
MessageSujet du message: [Le rapport de Brodeck | Philippe Claudel]
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Le personnage principal, Brodeck, revient dans son village après avoir été déporté dans un camp. Les thèmes du crime, de la lâcheté, de la mauvaise conscience et de la xénophobie sont abordés mais de la manière d'un conte, d'une fable...
Au bout du compte on fini par se demander ce qui est vrai, imaginé, inventé et tout cela parce que si tout est vrai c'est juste se retrouver à lire quelque chose de terrible et d'horrible...et alors on préfère se réfugier dans l'imaginaire.
Encore un très beau livre de cet auteur.
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[Le rapport de Brodeck | Philippe Claudel]
Auteur    Message
andras



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Inscrit le: 20 Sep 2005
Messages: 1792
Localisation: Ste Foy les Lyon (69) -- France

Posté: Jeu 29 Sep 2016 12:46
MessageSujet du message: [Le rapport de Brodeck | Philippe Claudel]
Commentaires : 1 >>

Le rapport de Brodeck est un livre qui peut dérouter le lecteur car le village où se situe la majeure partie du roman n'est pas situé géographiquement, en tout cas pas de façon précise. On pense assez naturellement à l'Alsace car on y parle une langue qui est proche de celle d'un grand pays voisin d'où sont arrivés les vainqueurs au début de la guerre mais certains détails infirment cette hypothèse et inciteraient à situer ce village du côté de la Pologne ou de la Tchécoslovaquie. De même l'époque n'est pas précisée. Bien sûr une guerre qui ressemble fort à la Seconde Guerre Mondiale a eu lieu, des trains emmenaient dans des conditions atroces des hommes, des femmes et des enfants vers des camps de la mort. Pourtant dans ce village, les conditions de vie font penser à des temps beaucoup plus anciens : on y circule encore exclusivement à pied ou à cheval, par exemple. On n'est donc ici dans le registre du conte moral ou philosophique.

Quelques années après la fin de la guerre, un homme, un étranger, celui que tous dans le village appelle "L'Anderer" - l'Autre - car il n'est pas d'ici, a été assassiné. Il s'agit d'un meurtre collectif, presque tous les hommes valides du village y ont participé. Brodeck, l'un des rares à ne pas faire partie de ceux-là est chargé par les assassins de rédiger un rapport sur les circonstances qui ont conduit à cet assassinat. Parallèlement à la rédaction de ce rapport, Brodeck entreprend de raconter sa vie. Brodeck fait partie d'une communauté persécutée depuis de nombreuses générations. Dans le roman, le mot "juif" n'est jamais utilisé. On peut presqu'aussi bien penser aux tziganes, aux libres-penseurs, aux malades mentaux... Le village a été occupé pendant la guerre par les habitants du pays voisin et Brodeck a été dénoncé puis déporté dans un de ces camps de la mort. Il en reviendra mais rien ne sera plus comme avant.

Le récit de Brodeck avance à pas comptés. Comme il s'en excuse lui-même, il fait de nombreux aller-retours entre présent et passé, le passé de la guerre, ou bien le passé proche, celui d'avant l'assassinat. L'auteur maîtrise parfaitement cette sinueuse narration et nous fait peu à peu découvrir un tableau digne de la partie "Enfer" du triptyque du Jardin des Délices de Jerôme Bosch. A l'abomination du camp de concentration répond celle de qui s'est passée pendant l'occupation du village et qu'on découvrira progressivement. On devine alors peu à peu qui est cet Anderer et ce qu'il est venu faire dans ce village.

Le roman de Philippe Claudel est d'une beauté crépusculaire, angoissante, terrifiante. Ce village, isolé du reste du monde, est un creuset où les pires instincts, les pulsions les plus honteuses vont s'exacerber. Rien ni personne, pas même Brodeck, ne permet d'échapper à cette descente aux enfers. L'Anderer joue ici le rôle du "Joueur de flûte de Hamelin", qui, n'étant pas été payé par les habitants du village qui lui avait demandé de les débarrasser des rats qui avaient envahi la ville, est revenu pour emmener cette fois tous les enfants vers un lieu d'où ils ne reviendraient jamais. Philippe Claudel modernise la fable et la rend encore plus cynique, plus désespérante. Pour le caractère absurde de ce "rapport" sur lequel aucune cour de justice ne pourra statuer, Brodeck m'apparaît être un frère de K., le personnage du "Procès" et du "Château" de Kafka. Un frère démuni dans un monde désespérant.
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[Le rapport de Brodeck | Philippe Claudel]
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Swann



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Inscrit le: 19 Juin 2006
Messages: 2302

Posté: Ven 03 Mai 2013 20:32
MessageSujet du message: [Le rapport de Brodeck | Philippe Claudel]
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Mon préféré de cet auteur. Quel talent !
Cf. note de lecture sur mon blog.
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[Le rapport de Brodeck | Philippe Claudel]
Auteur    Message
rivax



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Messages: 781
Localisation: Au pays des grenades

Posté: Jeu 27 Oct 2011 10:10
MessageSujet du message: [Le rapport de Brodeck | Philippe Claudel]
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Louvoyant entre conte moral, roman à suspense et drame historique, voici une histoire forte.
De ce roman j'ai aimé le portrait des personnages, d'un mignon petit village et de ses secrets d'alcove, le talent de l'auteur pour dévoiler peu à peu les dessous de l'histoire sordide.

Je n'ai pas aimé ce choix de l'auteur pour l'intemporalité : ne révéler ni le lieu, ni le temps, ni les protagonistes, les cacher sous des noms génériques çà n'est pas vraiment possible en l'espèce et je n'ai pas réussi à me détacher complètement du contexte géopolitique de l'époque et j'ai perdu du temps à me demander S. c'est Strasbourg? la capitale c'est quelle ville d'Allemagne? le village, il est dans les Vosges ou en Pologne? et, oui, çà m'a un peu gâché la lecture...
Citer les villes par une initiale et des points des suspension, c'est un artifice littéraire que je déteste et que je ne comprends pas car il impose au lecteur un effort d'imagination inutile...les auteurs des XVIII° et XIX° étaient coutumiers du fait...bref, j'aime pas.

Mais mis à part çà, c'est un de mes romans préférés dans ceux que j'ai lus cette année.
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[Le rapport de Brodeck | Philippe Claudel]
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Automnale



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Messages: 576
Localisation: Montigny le bretonneux

Posté: Mer 23 Juin 2010 21:33
MessageSujet du message: [Le rapport de Brodeck | Philippe Claudel]
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Très beau livre. Bouleversant.
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[Le rapport de Brodeck | Philippe Claudel]
Auteur    Message
Ellcrys



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Messages: 5
Localisation: Marseille

Posté: Jeu 24 Déc 2009 11:05
MessageSujet du message: [Le rapport de Brodeck | Philippe Claudel]
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Ce roman, qui pour moi semble le témoignage vrai d'un homme vrai, est un livre difficile à lire, bouleversant et, qui nous remet en question, qui remet en question l'humanité. Je ne peux pas dire que j'ai aimé ce livre, car ceci reviendrait à dire que j'ai aimé l'horreur, la souffrance, l'inhumanité qui hantent ces pages. Pour autant, ce récit est magnifique, intense et malheureusement nécessaire.

Nécessaire car je n'arriverai jamais, malgré mes nombreuses lectures (romans, essais, témoignages) à comprendre la folie humaine, le besoin pour un être humain (homme ou femme) de faire souffrir, d'humilier, d'anéantir un de ses semblables. Car entendons-nous bien, tous les êtres humains, quel qu'ils soient sont identiques... Je suis peut-être trop naïve, mais je n'arrive pas à comprendre pourquoi tant de personnes en détestent d'autres au point d'en commettre des actes innommables. Chaque page de l'ouvrage de Philippe Claudel dépeint toute cette monstruosité qui pourrie le monde, à m'en faire venir la nausée. Chaque page montre les faiblesses humaines, ne cherchant pas à les excuser, mais plutôt d'essayer vainement, de comprendre ce qui pousse un individu à agir ainsi... Et comment un seul homme, avec une idéologie infâme, peut-il ainsi entraîner des millions d'hommes à la mort ?

J'ai toujours, depuis mes années collèges et l'étude de ces périodes sombres de l'histoire, été horrifiée (le mot n'est certainement pas assez fort) de voir jusqu'à quel point l'humain peut tomber. J'imagine la douleur, le courage qu'il a fallu à Philippe Claudel pour essayer de raconter tout cela. Tout au long du livre, Brodeck nous raconte l'atrocité qu'il a vécu, qu'il vit et les poisons que lui-même a pu infliger à d'autres. Mais Brodeck, à travers ces pages, semble tellement différent de ces bourreaux, car il a conscience de l'horreur, de la rage, des ténèbres berçant ce monde et il en a honte ; cette honte le ronge. Il m'a été très sympathique, j'ai eu parfois envie de le prendre dans mes bras, comme le ferait une mère, et de le rassurer, de le protéger...

Souvent à cette lecture j'ai pleuré au point de devoir fermer le livre et le mettre de côté un moment, mais le talent de l'auteur et la voix de Brodeck m'obsédait tellement, jusqu'à n'en plus pouvoir dormir. Ce récit m'habitera sûrement encore fort longtemps. L'auteur signe-là une oeuvre majestueuse, émouvante, intense et horrible à la fois. Mais ce livre est nécessaire et, il me plaît à croire que grâce à de tels ouvrages, lu par des millions, des milliards d'êtres humains, permettront que de telles monstruosités ne se répètent plus jamais... mais ce n'est qu'un rêve qui chaque jour, lorsque je lis les journaux, se retrouve réduit à néant. Merci Brodeck, merci Philippe Claudel.
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[Le rapport de Brodeck | Philippe Claudel]
Auteur    Message
Latulu



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Messages: 315

Posté: Mar 30 Juin 2009 22:29
MessageSujet du message: [Le rapport de Brodeck | Philippe Claudel]
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On a beau se dire qu'on a tout lu sur les camps de concentration, que l'on connaît par cœur les histoires dénonçant l'intolérance, il n'en demeure pas moins que certains récits ont l'art de vous prendre aux tripes et de ne plus vous lâcher. Pas étonnant que ce roman ait reçu le prix Goncourt des Lycéens 2007. On sent plus le choix des professeurs que celui des élèves mais nul doute que l'ouvrage a des vertus pédagogiques dont il serait dommage de devoir se passer…
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[Le rapport de Brodeck | Philippe Claudel]
Auteur    Message
manon-nanie



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Localisation: Malakoff, IdF

Posté: Mer 03 Juin 2009 0:18
MessageSujet du message: [Le rapport de Brodeck | Philippe Claudel]
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En arrière plan, la guerre; en premier plan, les conséquences de la guerre sur les êtres.
"Les âmes grises", la guerre 1914-1918; "la petite-fille de Monsieur Linh", une guerre en Asie; "Le rapport de Brodeck", une guerre en Europe qui ressemble mortellement à la 2ème guerre mondiale: camps de concentrations, éliminations des étrangers, nuit de cristal... Quand je lis un livre de Philippe Claudel, je ne suis pas fière du genre humain, mais je suis prise par l'histoire et je ne lache plus le livre..
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[Le rapport de Brodeck | Philippe Claudel]
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lucky44



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Messages: 79
Localisation: Bouguenais , France

Posté: Dim 24 Mai 2009 12:45
MessageSujet du message: [Le rapport de Brodeck | Philippe Claudel]
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A lire absolument pour reprendre une terrible leçon sur le pire de l'humanité , une réflexion sur l'altérité, l'Autre qui est en nous.Ne l'oublions plus.
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[Le rapport de Brodeck | Philippe Claudel]
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roxane



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Messages: 9
Localisation: Valence

Posté: Lun 04 Mai 2009 15:58
MessageSujet du message: [Le rapport de Brodeck | Philippe Claudel]
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Je suis toujours un peu en retard sur l'actualité et je suis réticente à lire les oeuvres dont on parle trop... je suis donc entrée par effraction dans ce roman et j'ai passé quelques heures de lecture qui mènent au plus profond de soi... Philippe Claudel maitrise parfaitement son récit, en boucles, en déliés. Il dit l'horreur et l'ineffable, les comportements grégaires, la petitesse, la bassesse, la lâcheté et l'ignominie d'un tout petit village qui n'a pas de nom. Brodeck, un survivant des camps, rédige deux rapports : l'un pour ses commanditaires, l'autre pour soi et Claudel nous interroge sur la fiction qui nous aide à nous tenir debouts, les récits des victimes. Un grand roman qui ne trahit pas la documentation (comme dans les Bienveillantes).
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[Le rapport de Brodeck | Philippe Claudel]
Auteur    Message
amiread1



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Messages: 812
Localisation: Chateaudun

Posté: Ven 01 Mai 2009 12:12
MessageSujet du message: [Le rapport de Brodeck | Philippe Claudel]
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A une époque indéterminée qui pourrait être la fin du 19e siècle ou le début du 20e, dans un pays imaginaire niché dans de profondes vallées alpestres qui pourrait bien être un clone de Suisse ou d'Autriche, et dans une langue archaïque qui ressemble diablement au vieil allemand, Brodek est chargé par l'assemblée du village de rédiger un rapport destiné aux Authorités afin d'expliquer le meurtre commis par les hommes du village sur un étranger de passage.
Plus que du rapport destiné à l'administration de l'Empire, Brodek ,étranger lui-même à la communauté villageoise de par ses origines, nous retracera sa vie depuis son arrivée au village ,enfant fuyant avec sa mère adoptive des pogroms perpétués dans un pays voisin.
Philippe Claudel a écrit un livre fort axé sur la peur, la frustation,que déclenche l'étranger, l'Autre, le nomade... lorsqu'il est confronté à des communautés sédentaires et soudées par l'histoire,les coutûmes,la langue...
Tout ce qui advient dans ce roman n'est qu'un décalque prémonitoire de ce qui adviendra "plus tard" ; le nationalisme,les camps de concentrations,l'ostracisme porté sur un peuple,la violence sans freins du pouvoir. C'est la force du livre d'universaliser ces concepts en "gommant" l'époque, le lieu. Mais il ne nous est pas trop difficile de voir dans ce qui arrive à Brodek , et le mot de "juif" n'est jamais écrit,la répétition (ou la prémonition), de ce qui arrivera dans le milieu du 20e siècle ; l'impensable, à savoir l'élimination programmée d'un peuple, la Shoah...
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[Le rapport de Brodeck | Philippe Claudel]
Auteur    Message
sentinelle



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Messages: 228
Localisation: Bruxelles

Posté: Jeu 15 Jan 2009 22:14
MessageSujet du message: [Le rapport de Brodeck | Philippe Claudel]
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Nous pouvons présenter « Le rapport de Brodeck » comme l’anti-thèse du roman « Les bienveillantes » de Jonathan Littell : pas de noms de lieux, de personnages existants, de chiffres, de héros torturé mais un petit village sans nom ni localisation précise, des hommes comme les autres, une histoire à hauteur d’hommes, lui conférant par là une authenticité et une puissance rare.

« Le rapport de Brodeck » est avant tout l’histoire de Brodeck, survivant d’un camp de la mort qui revient dans son village après la fin des combats, au plus grand étonnement des villageois qui avaient déjà gravé son nom sur l’édifice du village commémorant les victimes de la guerre. Il nous livrera son histoire, celle où il fut une victime parmi tant d’autres mais également l’histoire de cet étranger, l’Anderer, l’autre, qui deviendra une victime supplémentaire de l’après-guerre, après être venu s’installer dans le village pour mourir assassiné quelque temps plus tard par les villageois. Une sentence impitoyable pour avoir oser leur tendre un miroir dans lequel ils n’avaient aucune envie de se reconnaître. Pour se dédouaner, ils demanderont à Brodeck, qui a comme métier la rédaction de rapports pour l’administration, d’écrire un compte-rendu des événements qui ont conduit à cet acte auquel il n’a pas participé.

Ce sujet, déjà pas banal en soi, sert de canevas pour aborder notre humanité dans ce qu’elle comporte de plus sombre et de plus effrayant : la lâcheté des hommes, la peur, la recherche du bouc émissaire, la délation, la trahison, la cupidité, la haine, la violence, le mépris, l’humiliation… un voyage difficile qui nous remue au plus profond de nous.

Un grand roman d’un grand auteur. Un roman qui fait peur aussi : quel est ce bourreau qui se tapit en moi ?

Extrait du roman :

« Ne me demandez pas son nom, on ne l'a jamais su. Très vite les gens l'ont appelé avec des expressions inventées de toutes pièces dans le dialecte et que je traduis: Vollaugä - Yeux pleins - en raison de son regard qui lui sortait un peu du visage; De Murmelnër - Le Murmurant - car il parlait très peu et toujours d'une petite voix qu'on aurait dit un souffle; Mondlich - Lunaire - à cause de son air d'être chez nous tout en n'y étant pas; Gekamdörhin - Celui qui est venu de là-bas. Mais pour moi, il a toujours été De Anderer - L'Autre -, peut-être parce qu'en plus d'arriver de nulle part, il était différent, et cela, je connaissais bien: parfois même, je dois l'avouer, j'avais l'impression que lui, c'était un peu moi. »
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[Le rapport de Brodeck | Philippe Claudel]
Auteur    Message
parsifal



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Localisation: Belgique

Posté: Lun 12 Mai 2008 14:46
MessageSujet du message: [Le rapport de Brodeck | Philippe Claudel]
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L’histoire se passe dans un petit village isolé de tout où Brodeck, échappé miraculé des camps de la mort tente tant bien que mal d’y reconstruire sa vie.
Mais, un soir d’automne un groupe de villageois le charge d’une mission singulière : rédiger un rapport particulier sur une mise à mort collective qu’ils ont commise sur une personne mystérieuse et étrangère au village, l’Anderer (« l’Autre »).

Citation:

[4 ème de couverture] « Je m’appelle Brodeck et je n’y suis pour rien. Je tiens à le dire. Il faut que tout le monde le sache.
Moi je n’ai rien fait, et lorsque j’ai su ce qui venait de se passer, j’aurais aimé ne jamais en parler, ligoter ma mémoire, la tenir bien serrée dans ses liens de façon à ce qu’elle demeure tranquille comme une fouine dans une nasse de fer.
Mais les autres m’ont forcé : ‘Toi, tu sais écrire, m’ont-ils dit, tu as fait des études.’ J’ai répondu que c’étaient de toutes petites études ……Ils n’ont rien voulu savoir : ‘….Ca suffira. Nous on ne sait pas faire cela. On s’embrouillerait, mais toi, tu diras, et alors ils te croiront. … ».


De pair à la rédaction de ce rapport, Brodeck va insensiblement revenir sur son histoire personnelle, hantée par les ombres de la guerre et ses exactions.
Ces deux histoires finissent quelque part par se rejoindre. Brodeck dut sa survivance au bannissement le plus complet de toute dignité humaine, « l’Autre » sa mort est due à la
révélation de la noirceur de l’âme humaine, la vérité cachée et honteuse fuie du village.

L’un comme l’autre ont été le jouet de multitude fanatique, l’une servant de prélude au déchaînement de la barbarie (la seconde guerre mondiale, même si rien ne le précise), l’autre, à une échelle plus réduite poussant au comportement aveugle de villageois assassins.
Cette destruction signe l’inévitable défaite de l’individu contre la foule, cet esprit grégaire génératrice de toutes les folies de l’histoire, annihilant les raisons individuelles, alimentant les peurs ancestrales.

L’auteur utilise pour faire passer son histoire des mots simples et limpides, parfois même de la poésie dans un contexte où l’horreur est omniprésente.
Une lecture bouleversante, émouvante et qui nous pousse à réfléchir.
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[Le rapport de Brodeck | Philippe Claudel]
Auteur    Message
Mariecesttout



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Posté: Sam 22 Déc 2007 0:04
MessageSujet du message: [Le rapport de Brodeck | Philippe Claudel]
Commentaires : 4 >>

C'est bien difficile d'écrire quelque chose après tout ce qui a déjà été dit au sujet de ce roman de Philippe Claudel...
Raconter est un remède sûr, cette phrase de Primo Levi dans Le défi de la molécule est mise en exergue, et je trouve très intéressant que ce livre ait obtenu le Goncourt des lycéens, Claudel est effectivement un excellent raconteur. Est ce que de raconter l'Histoire aux générations suivantes est un moyen d'éviter sa triste répétition? Peut être, je n'en sais rien, j'espère.
C'est une magnifique et très dure fable sur le thème de l'altérité, et tout le monde a noté son caractère universel ( encore que les détails bien précis soient ceux d'un génocide bien particulier).
C'est aussi une description très juste du phénomène des foules, des groupes, de ce que peut entrainer la peur , la lâcheté .Une description de l'homme en quelque sorte , peut être un peu trop tranchée à mon goût ,il n'y en a pas un pour racheter l'autre dans ce village...

Et le portrait d'un survivant, d' un être qui préfère la poussière à la morsure, et c'est peut-être mieux comme cela
. D'un homme qui ne renoncera jamais à affronter la vérité, même la sienne. Un homme qui s'en veut d'avoir bu, pour survivre, l'eau d'une femme agonisant avec son bébé dans un de ces fameux trains...

« De grâce, dit-il à la fin, souvenez-vous. » Nous n'oublierons pas Brodeck. Ni tous les Brodeck qui ont dit non où que ce soit dans le monde ...
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[Le rapport de Brodeck | Philippe Claudel]
Auteur    Message
Khany



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Localisation: Lyon

Posté: Ven 12 Oct 2007 12:16
MessageSujet du message: [Le rapport de Brodeck | Philippe Claudel]
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Je n'ai pas lu les Ames grises mais je trouve que le livre met du temps à démarrer, l'auteur tourne un peu trop autour du pot.Mais je dois dire que le flou dans lequel il laisse l'histoire, les lieux est assez intéressant et séduisant. Cela donne un côté intemporel à l'histoire. Pas mal.
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[Le rapport de Brodeck | Philippe Claudel]
Auteur    Message
BMR



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Messages: 155
Localisation: Paris

Posté: Lun 10 Sep 2007 14:27
MessageSujet du message: [Le rapport de Brodeck | Philippe Claudel]
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Ce sera peut-être notre seule contribution à l'effervescence de la rentrée littéraire et de ses innombrables sorties qui s'empilent chez les libraires.
Mais nous étions sortis frustrés de notre lecture précédente de Philippe Claudel : le Café de l'Excelsior; sa plume méritait donc une seconde chance : Le rapport de Brodeck.
Bien sûr, on y retrouve les tournures savamment peaufinées qui nous avaient un peu agacés dans le Café.
Toutefois Le rapport de Brodeck s'avère plus consistant et au fil des pages les effets «m'as-tu-lu» de Philippe Claudel se diluent dans une histoire prenante et oppressante.
Une histoire qui se dit intemporelle et universelle mais qui fait clairement référence à deux guerres (la deuxième avec son cortège d'exactions et d'exterminations) et à un petit pays d'Europe centrale au dialecte germanique.
À la fin de cette deuxième guerre, quand Brodeck, réchappé d'un camp, retrouve son village, c'est pour être pratiquement le témoin d'un assassinat collectif, le quasi lynchage d'un étranger, d'un «Autre» (ils l'appellent l'Anderer). Les villageois vont lui demander d'écrire un rapport sur cet événement et les causes qui les ont amenés à cet acte abominable.

[...] ... si j'avais été dans l'auberge, je n'aurais rien fait pour empêcher ce qui s'est produit, je me serais fait le plus petit possible, et j'aurais assisté impuissant à l'épouvantable scène. Cette lâcheté, même si elle n'avait pas eu lieu, me dégoûtait. Au fond, j'étais comme les autres, comme tous ceux qui m'entouraient et qui m'avaient chargé de ce Rapport dont ils espéraient qu'il allait les disculper.

L'enquête de Brodeck constitue un roman construit de façon astucieuse et savante : tout est prétexte pour passer du coq à l'âne et du fil à l'aiguille. On navigue sans cesse d'un personnage à un autre, d'une époque à une autre. Sans que cela devienne confus ou embrouillé, on devine par petites touches successives le passé, la face cachée des uns et des autres, de Brodeck aussi. C'est ce qui fait tout le charme de cette lecture.
Un peu comme si l'on découvrait peu à peu les pièces d'un grand puzzle.
Un puzzle où il s'agirait de reconstituer un tableau.
Mais un tableau de Jérôme Bosch. Car c'est bien l'horreur et la noirceur que l'on découvre derrière chaque image.

«- C'est toi qui a lavé le sol ?
- Il faut bien que quelqu'un le fasse ...
- Et cette tache qu'est-ce que c'est ?
- À ton avis Brodeck ?»
Je me suis retourné vers Schloss.
« À ton avis ...» répéta-t-il d'un air las.


Brodeck vit dans un village où le curé est devenu un ivrogne : obligé de boire pour «oublier» tout ce qu'on est venu lui confier sous le sceau du secret de la confession.
Très vite, on a bien sûr une vague idée du tableau d'ensemble et l'on se doute que le lynchage de l'Anderer cache en réalité un drame encore plus sombre, comme si l'on disposait du modèle pour notre puzzle.
Mais cela ne suffit pas à la démonstration et tout l'art de Philippe Claudel est bien de nous amener, pièce par pièce, à prendre conscience de cette mécanique infernale et sous une apparence anodine de fable philosophique, il nous entraîne au plus noir de l'âme humaine.
Si certains croyaient encore que le rire est le propre de l'homme, ils découvriront que Brodeck est d'un tout autre avis : pour lui, c'est de lâcheté qu'est pétrie l'humanité.
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