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Les notes de lectures recherchées

5 livres correspondent à cette oeuvre.

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Notation moyenne de ce livre : (3 livres correspondant à cette oeuvre ont été notés)

Mots-clés associés à cette oeuvre : francois d'assises, mere, pauvrete, religion, saint francois,   biographie romancee,   catholicisme,   enfance,   humilite,   italie,   moyen-age,   mysticisme,   prose poetique,   saintete,   simplicite

Auteur    Message
Swann



Sexe: Sexe: Féminin
Inscrit le: 19 Juin 2006
Messages: 2706

Posté: Sam 18 Avr 2026 0:20
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Le Très-Bas est une biographie poétique de François d’Assises, canonisé plus tard par l’Église catholique, qui fonctionnera plutôt en réactivant des souvenirs plutôt que comme un document informatif, ou à la marge. Ou je dis ça parce que je connaissais assez bien sa vie et visité Assises…

Le découpage par chapitres va aborder les débuts de la vie, le détachement du milieu bourgeois et commerçant pour embrasser une vie mystique free lance, à l’écoute de la mission dont Dieu voudrait le charger, le fil directeur de l’enfance, les figures animales, l’alter ego, la fraternité avec le Vivant, nouvelle vocation après la fonction de son ordre pour la joie et sa mort.



L’œuvre est divisée en rubriques : les figures qui peuplent ses discours, traitées poétiquement, allusivement, pas de didactique : l’intérêt est d’entrer dans l’univers de François, tel que Christian Bobin le perçoit, la teneur de ses Fioretti (mot absent du texte), l’alter ego, Claire, la fraternité avec le Vivant, ce qu’est le Très-Bas.



Oui, qu’est donc le Très-Bas ? Christian Bobin associe à la fois ce nom à l’humble vocation, posture de François mais aussi à la façon dont il perçoit le cheminement de Dieu dans notre quotidien, ses figures, symboles, bouleversant d’humilité, de légèreté : « Il a trouvé la maison de son maître. Il sait maintenant où loge le Très-Bas, au ras de la lumière du siècle, là où la vie manque de tout, là où la vie n’est plus rien que la vie brute, merveille élémentaire, miracle pauvre. »



On suit François dès sa conception, dans son enfance. La place de sa mère dans l’enfance (celle qu’il imagine) est l’occasion des poncifs habituels sur la supériorité intrinsèque de ces humbles si supérieures aux mâles, parce qu’elles enfantent et qu’elles allaitent… mais cela donne lieu à de jolies phrases, même si cela n’ira pas jusqu’à m’en convaincre : « Même les mauvaises mères sont dans cette proximité de l’absolu, dans cette familiarité de Dieu que les pères ne connaîtront jamais, égarés qu’ils sont dans le désir de bien remplir leur place, de bien tenir leur rang. »

D’ailleurs, l’enfance est le grand thème du roman. Bobin estime qu’elle consiste dans l’observation renouvelée des plus humbles, comme le regard d’un enfant qui ne trie pas l’importance d’un être : les oiseaux, bien sûr, et tout un bestiaire à réhabiliter, l’âne, le chien, le loup… Je regrette qu’il n’ait pas été question du « frère loup » de Gubbio ; peut-être Bobin a-t-il voulu éviter l’hagiographie.

Pour lui, l’enfance explique tout de François d’Assises : abus de thème à grand rendement poétique, je sais, ma sévérité est méchante. Dans les faits rapportés par l’auteur lui-même, je ne vois, au contraire, qu’un travail appliqué pour réprimer la spontanéité (ce réflexe de rejet, de jouissance, d’accumulation, de recherche de domination…) et essayer d’adopter ce regard attentif, aimant, fraternel du Très-Bas. Par exemple, quand, après avoir échoué dans le travail clandestin de la restauration de chapelles désaffectées, il reçoit sa vocation des lépreux, c’est en allant là où se trouve sa répugnance, dans les corps suppliciés, leur vie en antichambre de la mort. C’est très exactement l’inverse de la démarche d’un enfant. L’ascétisme, le dénuement, à ma connaissance, ne les séduit pas plus. D’ailleurs, au chapitre d’après, pour me conforter, Bobin dira : « Il a quatre mille ans. » Exactement. Quatre mille ans d’ascèse.



J’ai été très intéressée par sa synthèse des deux conversations de François d’Assises, qui m’a paru éclairante : la première est la plus connue, qui a consisté à sa vocation à l’humilité et à la pauvreté, sa fraternité avec les plus petits, les rejetés ; l’autre va rejoindre les traditions philosophiques les plus païennes, cette ligne floue du stoïcisme, qu’il va muer en « jubilation de l’âme, insouciance du lendemain », une joie de tout ce qui peut arriver. Juste avant sa mort, il écrit : « Loué sois-tu pour notre sœur la mort ».

Sur l’écriture, j’avoue moins aimer qu’il y a des décennies sa façon d’écrire, pour moitié, en aphorismes avec parataxes et asyndètes ! Mes représentations du monde et de ses règles n’étaient pas bien fermes, j’adorais qu’on me les souffle, si elles étaient paradoxales, c’était encore mieux ; maintenant, ce maniérisme aurait plutôt tendance à l’agacer.



Citations :

    Il va là où le chant de manque jamais de souffle, là où le monde n’est plus qu’une seule note élémentaire tenue infiniment, une seule corde de lumière vibrant éternellement en tout, partout.


    On veut bien entrer dans son jeu, mais à condition d’en changer les règles. Pour les uns, elle sont trop dures, pour les autres, elles ne le sont pas assez. (…) Tu avais dans ton cœur de quoi brûler le monde. Tu n’as fait qu’inventer un ordre religieux de plus.


    Trois des quatre évangélistes décrivent la guérison par le Christ d’un possédé qui « avait sa demeure dans les tombes et que personne ne pouvait lier, même avec une chaîne ». Le fou est dans la compagnie des morts. Il a son visage tourné vers l’ombre. Plus rien ne lui arrive que du passé. Il ne peut se lier à rien ni personne, il ne peut nouer aucune histoire vivante avec les vivants. Le saint a son visage tourné comme une proue vers ce qui vient de l’avenir pour féconder le présent – pollen de Dieu transporté par toutes sortes d’anges. (me fait irrésistiblement penser au poète vates de « Fonction du poète », de Victor Hugo)
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[Le très-bas | Christian Bobin]
Auteur    Message
abstraite



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Messages: 65
Localisation: Normandie

Posté: Ven 23 Mar 2007 19:22
MessageSujet du message: [Le très-bas | Christian Bobin]
Commentaires : 0 >>

Bobin écrit merveilleusement bien, avec beaucoup de profondeur, ce qui n'est pas étonnant vu le sujet : Saint François d'Assise. On a envie de retenir toutes les phrases, en voici une : "La douceur de vivre est l'avancée d'une vie éternelle dans la vie d'aujourd'hui"...
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