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[Le coeur synthétique | Chloé Delaume]
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apo



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Posté: Hier, à 19:04
MessageSujet du message: [Le coeur synthétique | Chloé Delaume]
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Divorcée par ennui et sans enfant à l'âge de quarante-six ans, Adélaïde, qui exerce une profession épanouissante dans une maison d'édition, ne se doute pas qu'il lui sera aussi difficile de se remettre en couple. Tout en fantasmant d'un certain Vladimir imaginaire, elle refuse par principe d'utiliser les sites de rencontre, et se restreint à celles que lui procurent les mondanités de son milieu de travail ainsi que les soirées organisées par un petit groupe formé de ses quatre amies intimes. En un peu plus de deux ans, sa recherche obsessionnelle d'une relation amoureuse se solde par deux rencontres dont l'une est décevante et l'autre a une issue indéterminée.
Néanmoins, contrairement à mes attentes et à la présentation de l'ouvrage, il me semble que ce roman se fonde non sur les péripéties sentimentales de la protagoniste, mais sur sa stratégie de gestion de la solitude et du célibat, par deux moyens : l'investissement professionnel et la sororité qui se développe de plus en plus profondément entre les cinq femmes. Le style vif et drôle du roman se complaît autant à moquer férocement le milieu de l'édition littéraire qu'à ironiser tendrement sur les névroses gentillettes des amies qui sont, chacune à sa manière et dans une configuration intime différente, empêtrées dans une remise en question de leur vie privée, mais toutes angéliquement disponibles les unes pour les autres.
Je n'ai pas trouvé beaucoup à apprendre de ce roman, qui pourrait sans doute constituer l'esquisse d'un scénario pour une série télé légère aux héroïnes lisses, élégantes et bobo-parisiennes. L'écriture divertissante et une chute à thèse inattendue, qui fait fi de la question posée tout au long du roman – Adélaïde retrouvera-t-elle l'amour ? – sont les seuls éléments que je retiendrai de cette très rapide lecture reposante.



Cit. :


1. « Adélaïde connaît les chiffres. Âgés de 20 à 64 ans, en France : 17.797.310 hommes ; 18.436.179 femmes. Ce sont les sources Insee. Les femmes sont plus nombreuses, la concurrence est rude. Elle vient de lire dans la presse : "On atteint à Paris le record de 13.700 femmes célibataires de plus que les hommes." 13.700 de plus, 13.700 en trop. Adélaïde se sent denrée excédentaire, elle est une parmi elles, elle visualise ces femmes, elle fait partie d'une foule, 13.700 personnes ça remplit les arènes de Béziers.
Dans les 13.700, il y a toutes les tranches d'âge. De la jeune qui bientôt se soustraira à ce chiffre pour fonder une famille, à la vieille nullipare esseulée sans retraite qui mendie dans le métro. Adélaïde soudain redoute son avenir. […] Adélaïde comprend l'étendue du désastre, le niveau de l'épreuve. Elle est une parmi tant, pour pouvoir s'en extraire, il faudrait être choisie. Arrachée à la masse, par la main de Vladimir.
Adélaïde est courageuse, alors elle tente d'être positive. Elle se dit que sur ces 13.700 femmes, ils n'ont pas compté les lesbiennes et que ce n'est pas rien, le nombre de lesbiennes qui habitent à Paris. Du coup si on enlève plusieurs milliers de lesbiennes, plus les filles qui ne veulent pas du tout d'hommes dans leur vie, peut-être qu'on obtient un chiffre bien inférieur. De quoi remplir le Zénith Paris-La Villette. Ou si ça se trouve à peine deux ou trois Olympia. N'empêche qu'elle se tient là au milieu de la fosse, comme de sa vie devenue soudainement spectatrice. » (pp. 41-43)

2. « La semaine du 15 septembre s'abat sur tous, comme le plat de la main de Mathieu Courtel sur la table, dans un bruit mat, presque familier. Marc Bernardier l'aventurier et Jean-Pierre Tourvel le reporter apparaissent sur la première liste du Goncourt. Dans la salle Rubempré Vipère au groin défie du regard Adélaïde. Puis dit d'un air préoccupé : Marc était ivre mort hier, j'ai entendu dire qu'il avait vomi sur le libraire, il ne va pas tenir le rythme, je me fais beaucoup de souci. Adélaïde encaisse le coup en pensant très fort à Clotilde qui dépasse bien pire en ce moment. Elle répond juste : Comme d'habitude, mais tu n'étais pas là avant. Vipère au groin bat en retraite. Mathieu Courtel fait le point : Fémina, Médicis, ils ont des auteurs sur la liste. Ainsi que sur celle du prix 30 millions d'amis. Eve Labruyère s'y trouve, son héroïne développant un lien étroit avec un chien sauvage. Dès lors Eve Labruyère veut obtenir ce prix. Adélaïde ne peut rien, mais lui décrochera la couverture du numéro spécial animaux de compagnie d'un magazine à grand tirage. » (p. 56)

3. « Adélaïde et ses amies habitent aux quatre coins de Paris, elles se croisent rarement la semaine. Mais se contactent tous les soirs. Hermeline, c'est par un coup de fil, Judith et Bérangère un SMS, Clotilde un appel ou un mail. Depuis les débuts de son célibat, le petit groupe la soutient comme ça. Le pilier est sororal, c'est un socle essentiel. Adélaïde ne pensait pas qu'un jour l'amitié aurait dans sa vie une place prépondérante. […] Depuis les débuts de son célibat, le petit groupe se voit chaque week-end. Un dîner, une soirée, un brunch. Conversations intimes et échanges de ressentis dans la même brasserie sur la place du Châtelet.
[…]
Judith dit : Je ne m'appartiens plus. Adélaïde répond : Moi, je ne suis à personne. Clotilde conclut : N'oubliez pas, la propriété, c'est du vol. Hermeline recommande une bière. Bérangère sourit au serveur. Novembre s'achève dans la torpeur, décembre déferle, déstabilise. À croire que les planètes sont très mal alignées.
Dans son agence bancaire, Bérangère s'est éprise d'un client, et en quinze jours est devenue la maîtresse d'un homme marié. Hermeline ne touche pas à sa bière, elle lui répète : Pense à sa femme, prononce le mot sororité et finit par quitter la table. Judith interview un chanteur, et pour la première fois depuis treize ans, envisage de tromper réellement son mari. Clotilde le lui déconseille, Judith est une mauvaise menteuse, elle mettrait en péril plus que son couple, sa famille. Judith s'emporte soudain : J'en peux plus de la famille. Clotilde s'exclame : T'avais qu'à pas te reproduire. Judith explose en larmes et part prendre un taxi. Bérangère, vu l'ambiance, préfère rentrer chez elle. » (pp. 76-77, 79)

4. « Assis sur le bord de la baignoire ou accoudés à la tablette du lavabo, Judith et ses amis sont en grande discussion. La littérature expérimentale est-elle morte, n'est-ce que le creux du cycle ou doit-on l'enterrer. Judith donne l'exemple de Clotilde. Une des filles a lu à la rentrée dernière _Les Prophétesses de la N12_ : C'est tout le problème de l'expé, c'est chouette mais on n'y comprend rien. Judith est un peu mal à l'aise. Adélaïde hésite, l'hégémonie du genre roman, la modification, depuis qu'existent les séries, de l'imaginaire et de ses formes. Finalement elle se tait : elle n'est pas au travail. Elle dégaine le pochon et demande qui en veut.
4 heures du mat, quelqu'un dans le salon vient de lancer _Chagrin d'amour_. Adélaïde sait faire, elle se dandine soudain et cherche Luc des yeux. Ils ne sont plus que sept, des couples se sont formés. Face à Adélaïde se tient Luc mais entre eux il y a une jeune fille blonde. Elle est jeune et jolie et en train de l'embrasser.
À 5 h 30, Adélaïde se dit, avachie dans le taxi : Je ne suis pas vexée. À six heures dans son lit : C'était une bonne soirée. Elle s'endormira à midi, rapport aux stupéfiants pas encore dissipés. Entre-temps elle pensera : Je vais finir mes jours seule avec Vladimir. Perdition ronronnera et durant quelques heures son cœur sera guéri. Son sommeil sera sans rêves, elle l'aura mérité. » (pp. 113-114)

5. « Rien ne se perd et tout se transforme dans le cerveau d'Adélaïde qui depuis la phrase de Martin, évidemment, ne mange plus rien. Au travail, elle a des absences. Martin, lui, a classé le dossier.
Ils se sont revus dans un café, ils avaient des affaires à se rendre. Pas des effets personnels, des livres, des DVD. Chacun avait son sac Franprix. Martin lui a dit : Je m'excuse, je suis une merde, ja suis désolé. Puis : Tu as eu raison de rompre. Puis : Si ça avait continué entre nous, comme je n'avais pas de désir, j'aurais été obligé d'aller voir ailleurs. Puis : Mais je ne t'aurais rien dit puisque tu es pour la monogamie. Ensuite Adélaïde n'a plus aucun souvenir, rapport à l'état de choc.
Elle voudrait Martin malheureux, mais le voit faire le mariole tous les soirs sur Facebook. Il organise des fêtes et va à des dîners. Elle voudrait rendre Martin jaloux, mais Martin n'en a rien à foutre, ils n'en ont jamais rien à foutre quand ils ont classé le dossier. » (pp. 157-158)

6. « C'est comme ça qu'elle s'achève, l'histoire d'Adélaïde. Une communauté de filles, parce qu'il faut être lucide et toutes s'y préparer. Il y a plus de femmes que d'hommes et ils meurent en premier. À défaut d'être lesbienne, il faut être inventive. Qu'Aphrodite soit partie ou qu'elle préfère rester. Certains peuvent être en couple, mais rongés de solitude. Il n'y a que l'amitié et la sororité qui préservent de l'abîme. Mode de vie adapté, en cercle se regrouper, s'organiser pour rire et ne pas crever toute seule. » (p. 195)

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