Courte nouvelle ou poème en prose ou, pour faire plus savant "paraclausithuron élégiaque", forme poétique où l'amant se lamente devant la porte qui le sépare de la femme qu'il désire. Ici cette femme, Lénore, n'est plus de ce monde et le gardien de la porte (qui est plutôt une fenêtre dans le cas présent) est un corbeau intraitable, insensible aux prières du poète endeuillé. Au premier degré le poème de Poe est d'une beauté tragique mais on peut y voir également une parodie du genre et sourire de ce corbeau qui ne sait dire autre chose que "Jamais plus !" (en anglais : "Nevermore!") mais qui sait le dire avec "tant d'à-propos". Qu'on le prenne au premier ou au deuxième degré, il est difficile de ne pas se laisser entrainer par la rythmique envoutante de ce poème dont voici le début (traduction de Charles Baudelaire):
"Une fois, sur le minuit lugubre, pendant que je méditais, faible et fatigué, sur maint précieux et curieux volume d’une doctrine oubliée, pendant que je donnais de la tête, presque assoupi, soudain il se fit un tapotement, comme de quelqu’un frappant doucement, frappant à la porte de ma chambre. « C’est quelque visiteur, – murmurai-je, – qui frappe à la porte de ma chambre ; ce n’est que cela et rien de plus. »
Ah ! distinctement je me souviens que c’était dans le glacial décembre, et chaque tison brodait à son tour le plancher du reflet de son agonie. Ardemment je désirais le matin ; en vain m’étais-je efforcé de tirer de mes livres un sursis à ma tristesse, ma tristesse pour ma Lénore perdue, pour la précieuse et rayonnante fille que les anges nomment Lénore, – et qu’ici on ne nommera jamais plus."
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