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Les notes de lectures recherchées

4 livres correspondent à cette oeuvre.

Il y a actuellement 2 notes de lecture correspondant à cette oeuvre (voir ci-dessous).

Notation moyenne de ce livre : (3 livres correspondant à cette oeuvre ont été notés)

Mots-clés associés à cette oeuvre : amour des livres, ecriture, litterature, quotidien

Auteur    Message
apo



Sexe: Sexe: Masculin
Inscrit le: 23 Aoû 2007
Messages: 1492
Localisation: Ile-de-France

Posté: Mer 24 Juil 2019 22:39
MessageSujet du message:
Commentaires : 1 >>

Les premières pages le précisent : « fumer » les livres, c'est revendre sa bibliothèque petit à petit à un libraire d'occasion, afin d'en utiliser l'argent pour l'achat de tabac. Et portant, mon imaginaire, sans doute conditionné par l'expression « partir en fumée », s'envole vers des cauchemars d'autodafé, en particulier par association avec le célèbre premier roman d'Elias Canetti qui porte précisément ce titre. Et ça m'étonnerait que l'auteure n'ait pas fait exprès d'entretenir cette confusion peu ou prou.
Cet acte de renonciation volontaire à sa bibliothèque, même après relecture des ouvrages dont la narratrice se sépare dans un ordre auquel elle attache beaucoup d'importance, en conjonction avec le thème de la fumée, est assurément un acte sacrificiel et un symptôme de souffrance existentielle dérangeants donc pour tout lecteur enclin à la projectivité voire à l'identification (ainsi j'interprète les commentaires négatifs lus sur ce livre qui, moi, m'a beaucoup plu). Zamoum l'y pousse d'autant plus délibérément que se joignent au sacrifice d'autres ingrédients narratifs relevant de recherche du réalisme – le parcours socio-professionnel précarisé de la narratrice, ses multiples amours, son logement sous-loué à un émigré algérien reparti pour sa retraite, bref, son quotidien rempli de considérations épisodiques véridiques non dépourvues d'humour. Par dessus tout, ce réalisme dérangeant concerne l'évolution dynamique du personnage, que l'on voit mûrir sous nos yeux, en cinq ans.
Sa souffrance existentielle s'estompe, ses amours viennent à maturité, ses faibles ressources ne sont plus la misère, même son nouveau travail perd son caractère rébarbatif, mais d'abord et surtout, la liquidation de sa bibliothèque est envisagée en parallèle avec la possibilité d'un création littéraire, inconcevable au début. Comme un contrepoint ou une compensation. Concrètement, la relecture des livres avant bradage porte la narratrice à entamer une réflexion assez élaborée sur « ce qu'implique pour l'écrivain d'écrire ». Le roman se transforme insensiblement en essai sur la littérature contemporaine, en guise de tâtonnement de la narratrice en quête de sa poétique à venir. Cette réflexion accompagne les genres et les auteurs qu'elle « fume » au fil des pages, par ex. le « tabac-Camus » ou le problème d'identité chez Romain Gary : autant d'obstacles ou de contraintes surmontés contre son inhibition à écrire. Maturation psychologique et intellectuelle d'une narratrice. L'humour et le quotidien aidant le texte à rester romanesque...
La chute ne présente d'éléments de suspense que la révélation ô combien essentielle du prénom du libraire, et la décision salutaire d'arrêter de fumer, sans pour autant de regret « d'avoir tant fumé » !


Cit. :


« Je croyais moyennement en mon désir de faire du journalisme mais fermement en la littérature. Toutefois, devenir écrivain était hors de ma portée. Mes parents sont de gentils ouvriers et j'avais beau me hisser dans l'échelle sociale au point de parler de livres, je ne pouvais rêver d'en écrire. » (pp. 21-22)

« […] à quel moment un écrivain se met à témoigner ? À quel moment ce qu'il a à dire excède le roman ? À quel moment son vécu l'oblige à inventer une forme nouvelle ? Qu'est-ce qui s'invente là, une forme de réel ou de son insupportable ? De quoi doit-il être témoin pour cela ? Faut-il que l'auteur soit pris comme on se trouve pris dans la glace ? » (pp. 35-36)

« N'aurais-je pas peur de la prédation dont sont coupables certains de mes contemporains, sans réserve, puisqu'ils jouissent d'un alibi professionnel (acteurs sociaux divers accrédités de la mission de décrypter toutes les manifestations publiques, de la prise de parole à la fréquentation de lieux publics, des habitudes de consommation à la production artistique) ? Peur d'être rangée dans une catégorie qui me fait horreur, associée à des choses qui me sont étrangères et dont la proximité ne se révélerait que par les mystères de catégories pré-établies ? Certes mon époque n'est pas celle, bénie, où est avenu le Surréalisme et la normalisation s'est systématisée au point d'investir la vie. » (pp. 55-56)

« Ces livres ont peut-être été écrits par des types comme ça, qui sont un jour écrivains et qui deviennent le lendemain rien, à cause de la situation politique d'un pays, à cause d'un exil forcé, à cause de difficultés à s'adapter. Certains s'adaptent à tout, au pire comme au meilleur, et on les dit résistants. Mais d'autres, faits d'un métal plus précieux, moins composite, ne le peuvent pas. Ils dépérissent et meurent, en même temps que les réalités qui les ont enfantés. On les appelle dans le jargon social des inadaptés, des personnes qui ont du mal à s'insérer, mais ils sont peut-être la preuve que des réalités plus belles ont existé car ils en restent à jamais nostalgiques. » (p. 91)
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[Comment j'ai fumé tous mes livres | Fatma Zohra Zamoum]
Auteur    Message
Chimèle



Sexe: Sexe: Féminin
Inscrit le: 29 Juil 2007
Messages: 123
Localisation: Drôme

Posté: Mer 12 Mar 2008 16:56
MessageSujet du message: [Comment j'ai fumé tous mes livres | Fatma Zohra Zamoum]
Commentaires : 0 >>

" Ma bibliothèque est étendue. Suffisamment étendue pour que je ne manque pas de tabac. A cette époque l'argent est venu à se faire rare, je ne sais pour quelle obscure raison. J'ai compté mes livres et envisagé l'ordre de leur écoulement, ou, devrais-je dire, de leur transformation en fumée. Je ne m'explique d'ailleurs pas la facilité avec laquelle j'ai pu transformer ce bien-là en marchandise? Le besoin de fumer, sûrement."
Ainsi commence ce livre original, le cheminement intellectuel et affectif d'une jeune femme qui tout en se séparant de ses livres aimés, s'interroge : pourquoi lit-on des livres, que font-ils dans nos vies, où se place l'auteur, comment devient-on un autre ...etc etc. Et elle lit, et elle fume, se moque d'elle-même et commence à écrire.
Mon roman préféré dans la sélection pour le prix des lecteurs "coups de coeur en coups de soleil".
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