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[La moustache | Tahsin Yücel]
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apo



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Posté: Ven 01 Déc 2017 21:14
MessageSujet du message: [La moustache | Tahsin Yücel]
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La moustache turque : genèse, apogée et déclin d'une moustache conçue comme un objet collectif, fédérateur des habitants de tout un village, source de gloire et d'investissement émotionnel des hommes (et en moindre mesure des femmes) les plus proches du héros moustachu, Cumali, mais indépendamment de lui, parfois à son cœur défendant ; par adoption de loin en loin, cette moustache, emblème de la tradition et de la fierté nationale, se séparera de lui, jusqu'à en causer sa perte et à lui survivre dans une légende (« La Légende de la moustache » est le titre originel) qui se ternira jusqu'à l'invraisemblance, bien après la disparition du protagoniste. Dès le départ, il y a aliénation entre l'homme et sa moustache : le caractère médiocre de l'un s'oppose à l'extraordinaire panache de l'autre ; la gloire ineffable émanant de cet incomparable « don de Dieu » doit dicter une allure vestimentaire, une sociabilité, un comportement, un code de virilité, une éthique au personnage qui ne sauraient lui seoir. Longtemps dure cette aliénation telle que l'on s'enquiert de leur santé au pluriel, qu'on les nomme séparément, jusqu'à changer son nom de famille à lui pour la désigner, elle : « Sabrenoir ». Peu importe si cela implique le sacrifice de sa vie conjugale, de sa libido extraconjugale, de son travail, de son sommeil, de sa santé... La moustache appartient au Barbier qui la bichonne, aux femmes qui en fantasment, au hommes du bourg qui s'en glorifient, à la nation. Jusqu'à l'acte de hubris. Le héros se mettra le village à dos pour avoir refusé de participer à un concours national genre Monsieur Moustache qu'il remporterait haut la main : sa moustache est sacrée, elle ne rentre pas dans le domaine agoniste. Mais par ce refus, paradoxalement, Cumali est enfin devenu l'homme de sa moustache, pas la bonne femme qui change de nom lors du mariage, un homme digne d'elle : plus d'aliénation. Néanmoins, dès lors que celle-ci décline, commence à blanchir, à perdre de sa vigueur, le héros ne va pas supporter cette diminution qui est sa propre perte. La moustache a été mordue, l'homme est impotent. Les retrouvailles de la femme avec son époux, celui qui n'est pas l'ombre de sa moustache, se font sur son lit de mort, Sabrenoir abîmée. L'épopée de la moustache se poursuit, et se retrouve tout au long du roman dans son langage baroque, sur-écrit, sans doute traduit de façon excessivement soutenue (à vérifier).


Cit.

« À force de voir Cumali aller et venir revêtu des incomparable tenues de Hacarifa, ils eurent l'impression de récolter une part de sa magnificence, du moins éprouvaient-ils une joie plus noble, plus fulgurante. Selon Osman Hoca, cette joie n'était pas autre chose que l'expression confuse d'une nostalgie que chacun éprouverait et qui aurait trait à leur identité commune ou plus exactement à ce qu'ils croyaient être leur identité commune. Les hommes voyaient en Cumali, avec sa moustache, sa haute taille et sa tenue, une représentation, surgissant telle une météorite, de leur tréfonds commun, d'un avenir qu'ils avaient rêvé mirifique. Ainsi, de manière détournée, ils s'associaient à ses qualités extraordinaires, et par le biais de cette communion, ils cherchaient à diminuer le fossé qui les )séparait de lui. » (p. 67)

« […] il lui plaça la tête sur l'appui-tête. Ensuite, reculant d'un pas il examina longuement l'objet de sa dévotion d'alors : son regard était totalement exempt de toute haine ou de toute colère, on pouvait seulement y déceler l'ombre d'une peur ou encore le chagrin provoqué par la déception d'avoir compris que la moustache qui revenait n'avait plus rien à voir avec celle qui était partie à une époque. Le Barbier était comme un amoureux dont la bien-aimée avait été ravie par quelqu'un d'autre dans sa jeunesse et qui, des années plus tard, en revoyant le visage inoubliable de son ex-amoureuse, se sentait davantage ébranlé par le fait que celui-ci fût devenu méconnaissable que par le souvenir de ce qu'il avait subi. » (p. 161)

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