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[The Spy Who Disappeared | Reginald Teague-Jones]
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apo



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Posté: Ven 24 Mai 2019 22:45
MessageSujet du message: [The Spy Who Disappeared | Reginald Teague-Jones]
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L'auteur. La disparition d'un élégant centenaire moustachu dans une maison de retraite de Plymouth en 1988 a provoqué un grand émoi. Anne Randall, l'infirmière qui s'occupait de M. Ronald Sinclair, aurait pourtant dû se douter que si Mme. Valya, sa voisine de chambre qui passait des heures entières à lui tenir la main, l'appelait 'Reggie' au lieu de 'Ronnie', et vu qu'aucun des deux n'était atteint de démence sénile, il devait bien y avoir une raison... Eh bien ! le manuscrit posthume que voici a révélé que feu Ronald Sinclair n'était autre que le Capitaine Reginald Teague-Jones, l'homme qui détériora résolument les relations anglo-soviétiques suite à un « événement » fondateur de l'épopée de la Révolution d'Octobre, alors qu'il se trouvait en « mission secrète » dans le région de la Caspienne en 1918. Et accessoirement, que Mme. Valya était sa première épouse, rencontrée et exfiltrée lors de ladite mission, quittée peu après pour des raisons obscures, mais assez synchroniques avec le remplacement d'identité du Capitaine Teague-Jones (O.B.E.) par le Major Sinclair.
Le fameux incident diplomatique, qui a nourri la propagande soviétique et dont la mémoire n'est pas davantage éteinte aujourd'hui que la flamme éternelle qui brûle à Bakou dans le monument qui le commémore, c'est le « Massacre des Vingt-six Commissaires », des Bolcheviks proches de Lénine en personne, qui gouvernaient la ville de Bakou, avant sa capitulation devant les troupes ottomanes, et qui, livrés aux Mencheviks, faits prisonniers et tués de sang froid sur l'autre rive de la Caspienne, certainement avec la complicité des Britanniques mais peut-être pas par l'unique et impardonnable faute du Capitaine Reginald Teague-Jones.
Et par ailleurs, malgré l'ampleur du différend international, fomenté autant par Trotski que par Staline dans les années 1920-30, celui-ci eût-il été une raison suffisante pour faire disparaître le Capitaine, sachant que, depuis peu, l'on ne connaît guère de la carrière du Major Sinclair qu'un intrépide périple en automobile de Beyrouth jusqu'en Inde en 1926 – objet d'un ouvrage publié par l'auteur dans sa quatre-vingt-dix-neuvième année – et ensuite, pendant la Seconde Guerre mondiale, un poste de vice-consul britannique à New York ? S'ensuivit une très longue retraite en Espagne. Enfin, après le veuvage, le retour tardif en Angleterre, en maison de retraite, les retrouvailles avec sa première épouse, et une très substantielle fortune sans héritier connu, dont personne ne se doutait...

Le livre. Le titre racoleur ment sur trois fronts : il n'est pas question de la disparition de Reginald Teague-Jones ; l'épisode du « Massacre des 26 Commissaires » fait également l'objet d'un frappant « under-statement », à peine un petit chapitre dont l'intention est clairement d'en minimiser l'importance dans le cadre de la « mission » du narrateur ; enfin il est totalement abusif de qualifier cette dernière de « secrète », car si elle l'a été pendant les premiers mois, ensuite le Capitaine Teague-Jones a acquis un rôle totalement politique et institutionnel de représentant de S. M. britannique près le Gouvernement Trans-Caspien sis à Askhabad, sous les ordres du Général Malleson, en garnison à Mashhad, Perse Orientale, répondant directement à la hiérarchie politique et militaire du Vice-Royaume d'Inde.
La mission, donc, commanditée, organisée, financée et dirigée depuis l'Inde et dans l'intérêt de cette colonie, débute fin avril 1918, de façon clandestine, comme mission de renseignement de la situation du front caucasien par rapport à l'avancée des troupes ottomanes et à la possibilité de la contrer. Au printemps de cette année-là, le jeune officier, dont nous lisons en grande partie les extraits de son journal de la mission, avec très peu d'ajouts, sinon réflexifs de l'auteur, homme mûr qui s'y penche quelque 70 ans plus tard, est surtout préoccupé de ne pas se faire repérer par les Germano-ottomans, mais il effectue également une « conspiration du coton », entre Bakou et Krasnovodsk, à des fins de pur sabotage. Après avoir été témoin de la bataille et chute de Bakou, en août, son rôle va être complètement différent : il sera de plus en plus le trait d'union politique entre le Royaume Uni et les forces qui, en Asie Centrale, s'opposent non plus aux Turcs mais aux Bolcheviks. D'ailleurs la capitulation des Empires centraux le 31 Octobre 1918 transforme totalement les enjeux de la présence britannique en défense des portes de l'Inde.
Il ne faut pas sous-estimer les aléas des conquêtes et débandades des Bolcheviks en Asie Centrale, à une époque où l'on était absolument persuadé que même si ceux-ci l'emportaient, leur victoire ne serait qu'éphémère. Dans cette optique, ce qui se profile progressivement comme le Gouvernement d'Askhabad, aux mains des Mencheviks dans un équilibre très précaire avec les Turkmènes, qui tient un front militaire contre les Bolcheviks, dans lequel le Capitaine guerroie et est rapidement blessé, s'avère rapidement complètement tributaire des Anglais pour sa survie autant financière que politique et militaire.
Mais la prise de conscience des uns et des autres que les Anglais vont tôt ou tard se retirer des lieux (janvier 1919) et laisser donc périr leurs alliés par une vengeance exemplaire des Bolcheviks est graduelle et douloureuse. Heureusement pour lui, le Capitaine n'est pas le premier à comprendre et donc à devoir alimenter de faux espoirs tragiques...
Le lecteur, plus perspicace, comprend aussi que l'auteur, dans le fond, a raison de minimiser l'épisode du « Massacre » tout autant que les Soviétiques ont eu raison de l'ériger en emblème : emblème d'un impérialisme pur et dur, de conquête territoriale – même si dans des fins défensifs par rapport aux possessions coloniales indiennes – qui tient en échec la Révolution sur des terres déjà acquises à la Russie, au cours du siècle précédent, au prix de coûts humains et militaires immenses... Si le Capitaine n'était donc probablement pas coupable d'avoir fait tuer 26 leaders communistes de premier plan, ou bien si... ?, il l'était assurément, à leur yeux, d'être la tête de pont de l'impérialisme alors le plus redoutable du monde.


Cit. :


« The question occupying the minds of both the Turks and ourselves at the beginning of June 1918 was firstly whether the Bolshevik authorities in Trans-Caspia would attempt to oppose a Turkish advance eastwards of the Caspian, and secondly, if the Bolsheviks did not […], whether the British would be able to interpose any obstacle independently of the Bolsheviks.
The Bolsheviks did not know themselves what attitude to adopt. At one moment they were all for fighting the Turk. The next moment, the peace party, prompted of course by the Turkish and German money, would refuse to countenance any further fighting. » (p. 37)

« [Début juillet 1918] In Baku there were about five different governing bodies, none of which could pull together. There were the Bolsheviks, the Centro-Caspian, the Armenians, the Caspian Fleet and the anti-Bosheviks. The latter and the Armenians were all for fighting. The Bolsheviks were opposed to fighting. The Russian military commander, Bicherakov, was himself at the front and his supporters in Baku were doing their best to collect and send him assistance. The Bolsheviks were going about endeavouring to prevent any assistance being sent. » (p. 60)

« [Concernant les 26 Commissaires de Bakou, date : 14/09/18] The Askhabad Committee [qui sera le Gouvernement Trans-Caspien menchevik fortement soutenu par les Britanniques] were not at all anxious to take over the prisoners and came and asked my advice. They also sent a wire to their Representative in Meshed, Dokhov, with instructions to try and persuade General Malleson to take over the prisoners and deport them to India. In reply, Malleson explained that it was very difficult to find the necessary guards to send them down to India and suggested that the Trans-Caspian authorities should find some other way of disposing of them. » (p. 120)

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